Christine Lagarde rejette à son tour le risque de «stagflation»
La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a affirmé lundi matin ne pas envisager de récession en zone euro, même dans le pire des scénarios économiques qui conduirait à une forte hausse des prix et à un boycott du gaz et du pétrole russe.
Dans le sillage de la crise sanitaire, l’économie de la région reste dans sa phase de rebond et «ne présente actuellement pas de signe de stagnation, a insisté Christine Lagarde en introduction d’une conférence de l’Institut Montaigne à Paris. Compte tenu de la reprise qui était engagée, on ne voit pas à horizon de 2022, ni 2023, ni 2024, de stagnation de l’économie», malgré les effets déjà visibles de la guerre sur l’activité en Europe, a ajouté la présidente de la BCE.
Le président de la Bundesbank, Joachim Nagel, avait tenu exactement les mêmes propos dans une interview au quotidien allemand Handelsblatt le 16 mars.
La présidente de la BCE a implicitement justifié que le scénario le plus optimiste de ceux présentés par la banque centrale ait été retenu lors de la dernière réunion de politique monétaire de l’institution le 10 mars. Ce scénario prévoit une croissance de 3,7% dans la zone euro en 2022, contre 4,2% précédemment prévu, accompagnée d’une inflation de 5,1% sur l’année. Dans le scénario le plus «sévère» - tenant compte d’une prolongation de la guerre limitant l’approvisionnement de la zone euro en énergie -, la croissance pourrait tomber à 2,3% cette année et l’inflation pourrait grimper jusqu’à 7,1%.
Divergence transatlantique
Malgré des propos se voulant rassurants, Christine Lagarde a reconnu que les politiques monétaires de la BCE et de la Fed américaine devraient diverger à l’avenir, la guerre en Ukraine ayant des effets plus conséquents sur la zone euro. «Nos deux économies se trouvaient à un endroit différent du cycle économique, même avant la guerre en Ukraine. Pour des raisons géographiques, l’Europe est beaucoup plus exposée à la guerre que les Etats-Unis. Nos politiques monétaires ne fonctionneront pas exactement sur le même rythme», a-t-elle déclaré, stigmatisant également la grande dépendance énergétique de l’Europe, alors que les Etats-Unis sont moins tributaires des importations.
Selon cette logique, la BCE ne devrait théoriquement pas suivre le premier relèvement de taux de la Fed - intervenu le 16 mars - avant longtemps… «Nous conserverons une politique monétaire optionnelle, graduelle et flexible», a encore insisté Christine Lagarde, évoquant une flexibilité nécessaire afin d'éviter une fragmentation des conditions financières parmi les pays membres de la zone euro.
La présidente de la BCE a par ailleurs estimé que l’Union européenne (UE) devrait accélérer la transition écologique de son économie afin de réduire sa dépendance aux hydrocarbures en provenance de Russie. Cette transition aura des effets inflationnistes à court et moyen terme, avant d’avoir un impact plutôt déflationniste à long terme. Christine Lagarde a également reconnu que la guerre aurait «probablement» des effets sur la confiance concernant l’investissement voire l’épargne. La responsable a aussi souhaité que l’UE accélère ses chantiers en matière d’union bancaire, d’union des marchés de capitaux (UMC), voire d’union budgétaire – même si ce dernier volet nécessiterait une réécriture des Traités.
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