Ce que révèle un stress test « climat » des majors pétrolières
Les investissements des 7 plus grandes compagnies pétrolières et gazières privées et cotées pourraient valoir ensemble 100 milliards de dollars de plus si elles alignaient leurs plans d’investissement sur l’objectif d’une hausse maximum de température de 2°C, montre une étude publiée par le think tank Carbon Tracker Initiative, un think tank spécialisé dans l’évaluation du risque climat pour les marchés.
Leurs recherches récentes sur le carbone non brûlé et les actifs dépréciés ont ouvert le débat sur l’adaptation du système financier à la transition énergétique vers un avenir bas carbone.
Intitulée « Sens et sensibilité : maximiser la valeur avec un portefeuille 2°C », cette étude montre que maintenir une orientation « business as usual » (BAU) aura plus de sens au plan financier, par rapport à un portefeuille plus réduit et axé sur l’objectif de 2° Celsius, si les prix du pétrole excèdent 120 dollars par baril sur une période de temps importante. Or cette hypothèse n’est pas à la plus probable.
L’étude alerte sur les projets fondés sur des prix élevés du pétrole, les jugeant plus risqués et, une fois intégré le risque « premium » de l’énergie fossile, les prix devraient atteindre des niveaux sans précédent de 180 dollars par baril – plus du double de la prévision moyenne de l’Opep à long terme de 80 dollars le baril – pour que le modèle BAU soit plus incitatif.
L’analyse sur la sensibilité au carbone effectuée par le think tank constitue sans doute le premier stress test, indépendant et publié, des investissements amont dans de nouveaux projets gaziers et pétroliers à l’aune des 2° Celsius, souligne Carbone tracker initiative.
Les actionnaires ont rempli des résolutions demandant à ExxonMobil, Chevron et d’autres compagnies énergétiques américaines d’entreprendre des stress tests afin de s’assurer qu’elles maximisent la valeur et ne se contentent pas de poursuivre une stratégie BAU alors que la régulation se durcit et que la demande pour l’énergie fossile se réduit dans le contexte d’une transition économique.
Les conseils d’administration de Royal Dutch Shell et BP ont décidé de soutenir des résolutions analogues l’an dernier qui avaient été portées par de solides majorités d’actionnaires.
Le Conseil de stabilité financière (FSB) a créé l’an dernier une task force sur le climat qui a lancé une consultation sur la façon dont ce type d’analyses de la sensibilité au carbone pourraient permettre de réduire le risque climat. « Une simple analyse de sensibilité au carbone montre que poursuivre l’objectif du volume à tous prix peut conduire à une valeur actionnariale inférieure qu’approche plus rationnelle. C’est pourquoi les régulateurs financiers ont besoin d’élaborer des normes de stress tests « 2°C » pour le secteur financier afin d’éviter aux compagnies de dilapider leur capital », explique James Leaton, directeur de recherche à Carbon Tracker.
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