Ce que le plan Biden révèle de l’Europe
Mieux vaut en faire trop que pas assez. C’est forte de ce principe que l’administration Biden a annoncé un plan de relance de 1.900 milliards de dollars afin d’effacer les stigmates de la pire récession de l’après-guerre. Une fois n’est pas coutume, le « quoi qu’il en coûte » à la mode américaine déclenche depuis un mois de vifs débats dans le clan même des héritiers de l’école keynésienne. Les critiques, tel Larry Summers, soutiennent le principe d’une ambitieuse relance budgétaire, mais craignent que le bazooka ne finisse par gâcher la reprise en raison d’un feu inflationniste trop nourri.
Si les performances passées ne préjugent pas de l’avenir, l’histoire récente accorde à la Maison-Blanche le bénéfice du doute. La décennie écoulée a montré qu’il ne suffit pas de laisser les banques centrales seules aux commandes pour redresser les économies et réduire les inégalités, sujet ô combien sensible dans des sociétés aujourd’hui à vif. Qu’ils jugent le plan Biden trop dispendieux ou juste assez, les économistes s’accordent au moins sur un point : Barack Obama, porté à la présidence au paroxysme de la grande crise financière, aurait eu intérêt à frapper plus vite et plus fort, comme son vice-président d’alors entend le faire désormais.
Ce débat n’est pas strictement américain, et l’Europe doit s’y intéresser pour deux raisons. Les querelles de chiffres soulignent d’abord l’écart qui risque de se creuser entre les deux rives de l’Atlantique en sortie de crise sanitaire. Ici, les Etats laissent en place les mesures de soutien aux secteurs les plus frappés par les confinements, mais il n’est plus question en 2021 d’une véritable relance qui serait susceptible de remettre rapidement les économies à leur potentiel de croissance. Le plan dont l’Union européenne avait accouché l’été dernier au terme d’un sommet historique s’enlise dans les méandres bruxellois. Bien inférieur en montant à celui des Etats-Unis, Next Generation EU ne sera déployé que d’ici cinq ans. Déjà freinée par la lenteur des campagnes de vaccination, la zone euro pourrait ainsi être la dernière à espérer un retour à la normale sur le front de la production.
Entre-temps, le plan Biden a un impact sur les marchés avant même d’être voté. Anticipant un regain de croissance et d’inflation, les taux américains remontent en flèche depuis le début de l’année, en particulier sur les échéances longues, à partir, il est vrai, de niveaux très bas. Or les rendements obligataires européens ne sont pas insensibles à ce qui se passe aux Etats-Unis, et se tendent eux aussi dans une moindre mesure, par effet de contagion. Il serait paradoxal que la zone euro paie les anticipations de reprise et de reflation par un renchérissement de ses conditions de financement, tout en restant à la traîne des autres grandes régions. Voilà un sujet de vigilance supplémentaire pour la Banque centrale européenne, qui n’en manque pourtant pas.
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