Brics : derrière l’entente cordiale affichée, les tensions commerciales sont de plus en plus fortes
L’absence d’avancée concrète des Brics sur le chantier de la gouvernance financière illustre les difficultés de ce club à dépasser sa simple opposition au «Nord global». D’autant que la tentation protectionniste ne cesse de progresser, souligne Julien Marcilly, chef économiste de Global Sovereign Advisory.
Julien Marcilly, chef économiste, Global Sovereign Advisory
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Le sommet des Brics, qui s’est tenu à Kazan en Russie entre le 22 et 24 octobre derniers, était le seizième depuis la première réunion commune du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine en 2009. L’initiative s’est depuis quinze ans étendue à d’autres pays : l’Afrique du Sud dès 2011, puis l’Egypte, les Emirats Arabes Unis, l’Ethiopie et l’Iran depuis le 1er janvier dernier. Au total, une vingtaine de chefs d’Etat et plus de trente délégations étaient présentes à Kazan.
Sans surprise, le groupe des Brics a une nouvelle fois cherché à mettre en exergue une volonté de plus grande coopération économique et financière. Les avancées possibles imaginées avant le début des discussions étaient à la fois nombreuses et d’envergure : élargissement du groupe à de nouveaux membres, mise en place d’un système de paiement international concurrent au Swift (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication, utilisé par les Etats-Unis dans le cadre des sanctions contre la Russie) ou encore réflexions sur l’instauration d’une monnaie commune.
Sud Global vs Nord Global
Derrière celles-ci apparaît en filigrane la notion de «Sud global», signifiant la volonté d’un ordre mondial plus multipolaire et moins centré sur les Etats-Unis et le système financier mondial hérité de Bretton Woods, dans lequel le dollar américain jour un rôle clé.
Mais l’absence d’avancée concrète sur ces chantiers à l’issue du sommet souligne aussi que cette alliance, qui se définit d’abord en opposition à l’hégémonie du «Nord global», souffre encore d’un manque de points communs. Ces désaccords de fond, masqués par une unité de façade, sont nombreux : ils concernent des frontières communes (entre la Chine et l’Inde), la position à adopter sur les conflits actuels (entre la Russie et l’Ukraine et au Proche-Orient notamment) ou encore la volonté de favoriser le yuan dans les échanges commerciaux ou comme devise de réserve.
Ces désaccords s’illustrent aussi au travers des relations commerciales entre pays des Brics. En effet, les années récentes ont été marquées par davantage de protectionnisme en général, mais aussi au sein du groupe des Brics en particulier.
Le nombre de mesures protectionnistes prises par les Brics a doublé entre 2018 et 2023 par rapport à la période 2012-2017 d’après les données de Global Trade Alert. Comparativement à celles des économies avancées, les politiques commerciales des Brics se distinguent par un recours plus fréquent aux subventions accordées aux entreprises locales, pour faire face à la concurrence des produits importés et/ou favoriser les exportations. Par exemple, l’Inde octroie depuis 2020 des subventions pour promouvoir la production industrielle nationale et réduire les importations dans 13 secteurs clés (dont l’industrie automobile, afin de stimuler la production de véhicules électriques et à hydrogène). La Chine applique quant à elle un système de subventions conditionnelles : les entreprises doivent exporter une proportion de leur production supérieure à un certain seuil pour pouvoir en bénéficier. Et en dehors de ces subventions diverses et variées, les taux moyens de droits de douane appliqués par les Brics sur les produits importés sont toujours nettement plus élevés que ceux constatés dans les pays du G7 (en particulier au Brésil et en Inde).
Qui plus est, ce protectionnisme est en partie «Sud-Sud» : entre 2018 et 2023, les mesures protectionnistes des Brics contre les économies émergentes du G20 ont triplé par rapport à la période 2012-2017. Sans surprise, la Chine est de loin la première cible des autres pays du groupe.
L’exemple de la relation entre la Chine et le Brésil illustre le mieux ces ambiguïtés. D’un côté, les deux pays ont manifesté une forte volonté de rapprochement depuis l’élection de Lula en 2022, confirmée par la signature d’un accord visant à favoriser les échanges dans leurs propres devises (au détriment du dollar). Mais de l’autre côté, le Brésil, qui enregistre pourtant un excédent commercial de plus de 50 milliards de dollars avec la Chine, a annoncé en avril dernier des quotas d’importations de produits en alliage dont le premier fournisseur est la Chine. Et, si les importations de produits agricoles brésiliens ont jusqu’ici été favorisées par Pékin pour remplacer ceux importés des Etats-Unis, de plus en plus de voix s’élèvent désormais en Chine pour alerter sur la dépendance excessive du pays vis-à-vis de ces approvisionnements sud-américains.
Ces tensions commerciales entre Brics n’impliquent pas toujours la Chine : l’Inde et le Brésil, en concurrence dans certaines filières agricoles (comme le sucre), ont aussi eu des désaccords en la matière ces dernières années. Le front des Brics n’est donc pas aussi uni qu’il n’y paraît.
Le candidat de droite Abelardo De La Espriella est favori pour le second tour de l’élection présidentielle en Colombie, qui basculerait vers une politique plus favorable aux marchés, rompant avec celle de l’actuel président Gustavo Petro. Mais cette nouvelle trajectoire potentielle n’est pas sans écueils.
Les deux candidats Keiko Fujimori et Jorge Sanchez sont arrivés au coude-à-coude. Le résultat définitif ne devrait pas être connu avant fin juin. Les investisseurs ont déjà voté pour les politiques favorables aux marchés de la candidate conservatrice.
L’offre sur les obligations indexées sur la performance économique du pays a été relevée après l’opposition de certains créanciers. Ce précédent, s’il ne marque pas la fin de cet instrument de dette, utile dans les restructurations, suggère que des améliorations sont nécessaires.
Arnaud Zegierman, sociologue, cofondateur de l’institut Viavoice
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