BlackRock lance une plateforme de trading qui menace les intermédiaires

Les clients pourraient traiter directement entre eux sur les obligations d’entreprise et les crédits immobiliers avec des commissions réduites
Patrick Aussannaire

BlackRock jette un pavé dans la mare. Le gestionnaire d’actifs américain prévoit de lancer une plateforme électronique de trading cette année qui permettrait à 46 de ses clients, dont des gestionnaires, des fonds souverains ou des compagnies d’assurance, de traiter directement les uns avec les autres sans passer par des intermédiaires notamment sur le marché des obligations d’entreprises, sur celui des titres de créances hypothécaires, mais également sur d’autres types d’actifs. Une initiative qui ôterait une source lucrative de revenus pour les banques d’investissement, déjà très fortement touchées par la crise et les nouvelles règlementations.

BlackRock Solutions, la filiale de la firme new-yokaise, facturerait des commissions pour mettre en relation les différents intervenants sur un marché spécifique, mais d’un niveau nettement plus faible que celles prélevées par les intermédiaires historiques sur le marché du crédit. La société aurait déjà sondé avec succès l’intérêt de gestionnaires pour ce nouveau système, nommé «Aladdin Trading Network», et des négociations ont été entamé pour que certains courtiers alimentent le système avec des cotations. BlackRock n’attend plus que le feu vert de la SEC.

Le but évoqué est de fournir un service utile à ses clients et à moindre coût ainsi que d’accroître la liquidité disponible sur certains marchés, mais la firme se défend de vouloir concurrencer les banques. «Je ne vais pas cannibaliser Wall Street» indique Richard Prager, responsable des activités de trading chez BlackRock au Wall Street Journal. Et d’expliquer que «s’il y a des économies à réaliser pour nos clients, nous souhaitons leur en faire bénéficier». Son directeur général, Laurence Fink, n’a pas ménagé ses critiques concernant sur les spreads importants imposés par les banques américaines.

Mais la capacité de réaction des banques est limitée, BlackRock étant lui-même un de leurs plus gros clients, avec des fonds qui leur apportent plusieurs milliards de commissions chaque année. De plus, l’efficacité de la plateforme peut se heurter à la diversité des produits traités qui limitent le potentiel de mise en relation directe entre les différents acteurs sur un même produit financier. Mais les ambitions restaient limitées. La société espére en effet doubler le nombre d’actions, obligations et devises traitées en interne de 3% actuellement à 6-8% de ses volumes totaux.

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