Actions, aller au bout de la logique

Philippe Mudry
philippe mudry
 -  Pierre Chiquelin

Flécher l’épargne des Français vers les entreprises n’est pas une idée nouvelle. Mais aucune réforme visant cet objectif essentiel n’a eu l’ampleur de celle impulsée par le gouvernement actuel. Quoique pesée au trébuchet de la politique, ne serait-ce que pour donner des motifs de satisfaction aux assureurs comme aux gérants d’actifs sans déstabiliser la dette française, sa portée est considérable en ce qu’elle touche, pour la première fois à ce degré, à des curseurs gouvernant des flux d’épargne colossaux.

C’est d’abord et avant tout le cas de la
« flat tax » à 30 %, qui introduit le principe d’une neutralité fiscale bienvenue dans les arbitrages des épargnants ; c’est encore celui de l’immobilier, désormais seul fondement de l’ISF, ce qui devrait conduire à sa repondération à la baisse dans les avoirs des ménages aisés. S’agissant de l’assurance-vie, le changement est plus homéopathique, dès lors que Bercy s’est refusé au « big bang » : tout en incitant au placement en actions, les aménagements prévus, s’agissant de l’euro-croissance et de l’« euro bonifié », ne touchent que marginalement aux règles de base du « produit préféré des Français » : liquidité assurée, capital sanctuarisé et produit défiscalisé, passé un délai assez court. La réforme la plus importante pourrait être celle de l’épargne retraite. L’harmonisation et la transférabilité des différents produits est en soit déjà importante. Mais la consécration du Perco, doté d’une carotte fiscale à l’entrée et d’un régime de libre disposition des fonds à la sortie, pourrait séduire massivement les épargnants et susciter une forte hausse des encours. C’est à bon droit que les assureurs y voient une victoire majeure des gérants d’actifs. Un rééquilibrage des flux financiers en faveur du Perco est à prévoir, encore que les derniers arbitrages concernant la fiscalité applicable en cas de sortie en capital pourront en atténuer l’attrait. L’épargne longue, capitale pour l’investissement en actions, devrait en tous cas y trouver son compte.

Pour autant, la réforme du gouvernement souffre d’une limite regrettable s’agissant des investisseurs institutionnels publics. Les mesures censées renforcer l’investissement en actions de BpiFrance et de la Caisse des dépôts restent modestes. Quant à l’Erafp, le fonds de pension de la fonction publique, l’un des rarissimes fonds de ce genre existant en France, les 500 millions de plus qu’il pourra consacrer au capital-investissement sont bons à prendre, mais sans rapport avec l’enjeu. Ce sont les règles capitalistiques de ses investissements en actions qu’il faut changer en les allégeant drastiquement. Compte tenu des masses que gère l’établissement, les conséquences seraient non négligeables pour les fonds propres des groupes français, sans donner pour autant à son bilan le profil très boursier des fonds anglo-saxons. Si l’état souhaite aller au bout de sa logique de renforcement du capital des entreprises, c’est sur ce point qu’il doit revoir sa copie.

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