2026 : consolidation attendue de la croissance économique

Dans cette tribune, Hélène Baudchon, cheffe économiste adjointe de BNP Paribas, se montre plutôt optimiste quant aux perspectives économiques de l’année qui vient de commencer.
Cheffe économiste adjointe de BNP Paribas
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Hélène Baudchon, BNP Paribas  -  PIERRE-OLIVIER / BNP Paribas

L’an dernier, l’économie mondiale est parvenue à surmonter les obstacles qui se sont dressés sur sa route, déjouant les pronostics d’un franc ralentissement sous le double choc américain, tarifaire et d’incertitude. Selon notre scénario central, 2026 transformerait l’essai et la résistance s’allierait à une plus grande solidité de la croissance. Nous nous attendons, en effet, à ce que la plupart des facteurs de soutien à l’œuvre en 2025 continuent de jouer en 2026 (politique économique et environnement financier favorables, boom de l’IA, prix du pétrole bas), voire montent en puissance, s’agissant du plan de relance allemand et des efforts européens de réarmement et de redressement de la compétitivité.

L’année ne sera très probablement pas un long fleuve tranquille, à l’image de 2025, et les risques d’un déraillement ne manquent pas (accroissement des incertitudes et tensions géopolitiques et géoéconomiques, intensification des pressions haussières sur les taux longs, correction de l’emballement autour de l’IA). Mais des aléas positifs existent également, ce qui, au moment d’écrire ces lignes, nous amène à voir 2026 plutôt d’un bon œil sur le plan économique, comme les marchés actions pour le moment. C’est dans cet esprit que nous portons ici notre attention sur une sélection de questions et développements à surveiller cette année.

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2026, année de l’Europe ?

2026, année de l’Europe, de son redressement économique et de son émergence en tant que puissance ? Cette première question est cruciale et constitutive de notre scénario. 2025 a marqué une amorce du redressement économique de la zone euro, dont nous nous attendons à ce qu’il se poursuive et se consolide en 2026. En plus d’être plus élevée (1,6% en moyenne annuelle d’après nos prévisions après 1,5% en 2025 et 0,8% en 2024), la croissance de la zone euro gagnerait en solidité.

Elle reposerait, d’une part, sur une moindre hétérogénéité des performances économiques de ses quatre plus grands pays, et, d’autre part, elle serait davantage portée par la demande intérieure, elle-même soutenue par une dynamique plus favorable de l’investissement des entreprises et de la consommation des ménages. Sur le plan géoéconomique et stratégique, un début de sursaut et un nouvel élan ont également été observés en 2025. Les progrès sont certes demeurés limités et insuffisants pour changer la donne mais un certain nombre d’avancées sont tout de même à signaler, notamment en termes de simplification, de renforcement du marché unique, en faveur de l’innovation, et en direction de l’Union de l’Epargne et de l’Investissement.

La question pour 2026 n’est pas de savoir si ces efforts seront poursuivis – il ne peut en aller autrement – mais à quelle vitesse et jusqu’où ils seront portés, à quel point l’Europe parviendra à concilier compétitivité et décarbonation et à renforcer sa capacité à peser dans le monde.

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Boom de l’IA : stop ou encore ?

C’est une autre question majeure pour 2026 tant la vague d’investissements dans l’IA et l’envolée des valeurs boursières du secteur ont été un facteur de soutien déterminant à la croissance et au commerce mondial l’année dernière. Les craintes viennent des valorisations très élevées qui ont été atteintes - S’agit-il d’une bulle à proprement parler ? Le débat gagne en intensité à mesure que les valeurs de la tech grimpent – et des effets de levier également importants mobilisés pour financer les investissements et les acquisitions.

La technologie reste prometteuse mais des bénéfices un tant soit peu en-deçà des attentes pourraient précipiter une correction des marchés actions, dont la sensibilité aux nouvelles moins favorables s’est déjà accrue. Le risque n’est toutefois pas unidirectionnel. Le risque baissier dû à un éclatement de l’emballement autour de l’IA est bien identifié mais il existe aussi un aléa haussier où les gains de productivité permis par le déploiement de l’IA se renforcent et se diffusent, permettant, à la fois, de soutenir la croissance et de contenir l’inflation. Le cycle actuel s’en trouverait prolongé, à l’image de la croissance non inflationniste (Goldilocks) de la deuxième moitié des années 1990 au moment du déploiement de l’Internet et des nouvelles technologies de l’information et de la communication.

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Jusqu’où va remonter l’inflation américaine ?

La question a perdu de son importance dans la mesure où la remontée en 2025 a été bien plus limitée qu’attendue et l’inflation a même marqué un reflux assez net en octobre et novembre 2025. Mais cela reste un point d’attention non négligeable car toute l’augmentation des droits de douane ne s’est probablement pas encore transmise aux prix à la consommation. L’inflation américaine pourrait de ce fait connaître une nouvelle phase de remontée en 2026, sauf si l’impact inflationniste des droits de douane (et du durcissement de la politique migratoire) est plus que compensé par une baisse des prix du pétrole.

Notre prévision actuelle d’inflation pour 2026 est inférieure mais proche de 3% en moyenne annuelle, ce qui ferait de cette année la sixième d’affilée où l’inflation est sensiblement supérieure à la cible. Les inquiétudes de la Fed s’étant déportées, à l’automne 2025, des risques haussiers sur l’inflation aux risques baissiers sur l’emploi, elle a repris, de manière préventive, son cycle de baisse des taux. D’après nos prévisions, les craintes sur l’emploi continueraient de dominer en début d’année 2026 et donneraient lieu à un nouvel assouplissement. Mais on ne peut exclure un autre scénario où l’équilibre des risques s’inverse à nouveau et où la réémergence des craintes inflationnistes amène la Fed à rester plus longtemps en territoire restrictif, entraînant une réaction négative des marchés.

Quel rééquilibrage de la croissance chinoise ?

Cette question devient récurrente, sans perdre de son importance, au contraire. En 2025, les exportations sont en effet restées le moteur de la croissance chinoise, assez étonnamment compte tenu du contexte extérieur marqué par le choc protectionniste et tarifaire américain mais à la faveur de la capacité d’adaptation des autorités et des entreprises chinoises et du redéploiement rapide des échanges vers les marchés non-étatsuniens. La consommation des ménages n’a bénéficié que d’un soutien limité. Le changement le plus notable a porté, à raison, sur l’offre, avec le lancement de la campagne anti-involution, pour résorber les capacités excédentaires de production et les pressions déflationnistes associées.

La Chine met ainsi en place une politique de l’offre dédoublée : frein d’un côté, avec la campagne anti-involution, et soutien réaffirmé et renforcé de l’autre, avec le nouveau Plan Quinquennal 2026-2030. L’accent mis sur la politique de l’offre pour soutenir le développement économique du pays, plus que sur une politique de la demande, fait sens et réussit à la Chine pour le moment. Mais pour que la campagne anti-involution fonctionne, un soutien plus marqué à la demande n’en demeure pas moins aussi nécessaire pour contrebalancer les effets négatifs de la première sur la seconde.

2026, année géopolitique ?

Après 2024, une année politique au regard du nombre exceptionnellement important d’échéances électorales majeures, et 2025, année économique suite au tournant majeur du choc protectionniste et tarifaire américain, 2026 sera aussi marquée par la politique et un certain nombre d’échéances électorales significatives (dont les « mid-terms » aux Etats-Unis le 3 novembre) ainsi que par l’économie, étant donné les mutations à l’œuvre, le nombre, l’ampleur et l’urgence des défis à relever, ainsi que les risques, incertitudes, craintes et espoirs qui les entourent. Plus que la politique ou l’économie, c’est la géopolitique qui ressort, en ce début 2026, comme un « game-changer » et un facteur d’incertitudes supplémentaires, potentiellement déstabilisant en fonction des répercussions et des suites de l’opération américaine au Venezuela mais aussi potentiellement positif en cas de cessez-le-feu entre la Russie et l’Ukraine.

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