Toute l’assurance est suspendue au jugement Axa France
Le délibéré doit aboutir ce 22 mai. Stéphane Manigold, dirigeant du groupe Eclore (52 salariés), poursuit Axa France devant le tribunal de commerce de Paris. Son but : obtenir une indemnisation pour ses pertes d’exploitation, selon le contrat d’un de ses quatre restaurants parisiens, la Maison Rostang.
«Nous souhaitons que cette affaire soit tranchée sereinement par la justice», déclare à L’Agefi Axa France, qui a cherché une «conciliation», rejetée par le restaurateur. L’assureur rappelle son «soutien» à tous ses clients (13% des artisans et commerçants français) «affectés par cette crise inédite» et sa volonté d’«apaiser les débats». «Nous avons analysé l’ensemble de nos contrats, explique son directeur de la communication, de la marque et de la responsabilité sociale, Eric Lemaire, et chaque fois que nous estimions être tenus d’indemniser, ce qui est le cas pour quelques centaines de contrats, nous avons identifié et contacté les clients concernés.»
Deux approches
Ce dossier révèle deux approches des pertes d’exploitation. L’une «avec dommage», vol, incendie, dégât des eaux, catastrophe naturelle ou acte de terrorisme ; l’autre, «sans dommage». Pour la première, Eric Lemaire relaye le discours de toute la profession : «Le risque pandémique est exclu des garanties perte d’exploitation car il n’est pas assurable», et son indemnisation, évaluée par la Fédération française de l’assurance (FFA) à «20 milliards d’euros par mois», «mettrait gravement en péril l’existence même d’un nombre important d’assureurs».
La seconde peut, elle, être déclenchée par une «fermeture administrative», ce qu’invoque Stéphane Manigold. Seulement 600 contrats seraient comparables chez Axa France. Toutefois, la compagnie estime que sa garantie implique la décision d’une autorité de police (maire ou préfet, par exemple), «en conséquence du non-respect de la réglementation en matière d’hygiène et de sécurité, sans faute intentionnelle». «Bien évidemment rien à voir, selon les termes d’Eric Lemaire, avec la décision des pouvoirs publics du 14 mars dernier, de portée générale, et qui interdisait à tous les restaurants, bars, discothèques, notamment, de recevoir du public.»
Pas d’accord entre eux
La décision de justice, vendredi, pourrait être lourde de conséquences pour toute la profession. Axa, Rostang… ces entreprises sont suffisamment symboliques pour que les journaux télévisés de 20 heures suivent l’affaire. Or assureurs, mais aussi agents généraux, ne sont pas d’accord entre eux. Ainsi, dans ces deux professions, certains ont dénoncé les Assurances du Crédit Mutuel (ACM) qui auraient, estiment-ils, proposé une «prime forfaitaire de relance mutualiste» pour se dérober à leurs obligations contractuelles d’indemnisation au titre des pertes d’exploitation de leurs assurés.
La FFA cherche à éviter toute communication et à résister aux pressions externes, y compris politiques, attendant que l’Autorité de contrôle prudentiel dresse un état des lieux des pratiques commerciales des principales assurances «pertes pécuniaires diverses» du marché, d’ici à juin-juillet. En son sein, le comité de déontologie lui-même, saisi du dossier des ACM, s’interroge au gré de ses réunions. Certes présidé par Frédéric Jenny, professeur d'économie et co-directeur du Centre européen de droit et d'économie de l’Essec, il est constitué de concurrents (Axa, Allianz, Covéa, Groupama, CNP Assurances, Predica) qui ne peuvent se permettre, dès lors, que d’émettre un avis : ni décision, ni sanction.
Plus d'articles du même thème
-
Malakoff Humanis détaille son plan d'action face à l'enquête du PNF
Le groupe mutualiste précise les mesures prises face à une enquête du parquet national financier pour corruption, portant sur la rémunération d'intermédiaires par plusieurs de ses gérants partenaires. -
UniCredit obtient le feu vert de la BCE sur le compromis danois
La banque italienne pourra pondérer par les risques ses participations dans l'assurance plutôt que les déduire intégralement de ses fonds propres, avec un gain attendu sur son ratio de solvabilité. -
Dans la réassurance, le pouvoir de négociation a changé de main
Les Rendez-Vous de Septembre qui réunissaient près de 4.000 acteurs mondiaux de l’assurance et de la réassurance dans la principauté monégasque ont donné le ton des renouvellements de janvier prochain. Les réassureurs ne sont plus les seuls maîtres du jeu. Les baisses de tarifs vont se poursuivre.
ETF à la Une
Amundi dévoile un ETF conçu pour Zenkyoren
- Le potentiel de progression des marchés actions se réduit à peau de chagrin
- Combien coûterait aux banques une hausse du plafond du Livret A
- Le Crédit Mutuel Arkéa pousse les feux avec Fortuneo
- Les investisseurs actions et crédit se protègent contre le risque politique français
- La Banque Delubac, toujours en pertes, cherche du capital
Contenu de nos partenaires
-
« Son livre sera aussi vide que son rapport » : le récit contesté de Charles Alloncle après la commission d’enquête sur l’audiovisuel public
Le député ciottiste publiera le 30 septembre chez Fayard Je jure de dire toute la vérité, où il promet de raconter les coulisses de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public. -
Faire rêver« Aucun politique ne dessine ce que serait une France transformée par la transition écologique »
Selon une étude de Destin commun, près de 7 Français sur 10 se déclarent plus inquiets du réchauffement climatique qu'avant cet été. Pour le directeur adjoint du think tank Stewart Chau, le politique ne doit pas laisser s'installer l'idée de fatalité et d'impuissance. -
Susan Collins, la sénatrice républicaine la plus seule des midterms
Coincée entre un président qui l'a prise en grippe et des démocrates qui l'accusent de complaisance, la sénatrice du Maine affronte sa réélection la plus périlleuse en solitaire, dans un Etat essentiel pour le contrôle du Congrès