Finance, un bouc émissaire chasse l’autre
Le temps du déconfinement n’est pas encore venu, mais la quête du bouc émissaire va bon train. En 2008, les banques faisaient à juste titre un coupable idéal. Cette fois, les défaillances viennent d’abord des Etats : une excellente raison pour que ceux-ci cherchent à faire porter le blâme de leur impéritie aux acteurs privés. La quête d’un traitement contre le coronavirus préserve pour l’instant les laboratoires pharmaceutiques de la vindicte populaire, mais ceux qui ont localisé plus souvent qu’à leur tour leurs chaînes de production en Chine ou en Inde peuvent s’attendre à un retour de bâton. D’ici là, les assureurs font un bon candidat au pilori.
Cette corporation partage avec celle des banquiers, des garagistes et des journalistes le triste privilège de concentrer la défiance de nos concitoyens. Et le moins que l’on puisse dire est qu’elle a aggravé son déficit d’image en manquant de réflexes au début de cette crise, comme le reconnaissent aujourd’hui certains de ses membres éminents. Pour s’en être un peu trop tenus à la lettre des contrats, qui excluent des garanties les cas de pandémies, les assureurs se sont cantonnés dans leur rôle d’experts, au risque d’apparaître à la remorque des pouvoirs publics. Bercy, puis l’Elysée, n’en demandaient pas tant et se sont engouffrés dans la brèche. Ce retard à l’allumage est d’autant plus regrettable qu’on ne peut sérieusement demander à la profession d’assumer le coût effarant du confinement ; et que celle-ci consent désormais à proportion de ses moyens un effort financier non négligeable, entre franchises de primes et dotations au fonds de solidarité pour les petites entreprises. Les assureurs français n’ont plus qu’à espérer reprendre la main lorsqu’il faudra songer, avec les pouvoirs publics, à bâtir un système de garantie contre le risque pandémique.
Le contraste est frappant avec les banques, hier encore mal aimées, corsetées par une avalanche de réglementations, aujourd’hui investies d’une mission de service public – sauver le tissu économique du pays – avec la bénédiction de leurs tutelles. Devenu l’urgentiste des entreprises, le secteur voit là une opportunité unique de redorer son blason. Mais la ligne de crête est mince. Les établissements de crédit devront vite faire la preuve que les prêts garantis par l’Etat irriguent en temps voulu leurs destinataires finaux. Même s’ils y réussissent, ils encourront le reproche de l’inévitable vague de faillites à venir – pour les emprunteurs en manque de fonds propres, ajouter la dette à la dette ne compensera pas l’évaporation des chiffres d’affaires et des marges. Il peut être tentant, enfin, d’exiger que les capitaux libérés par l’assouplissement provisoire des règles prudentielles et comptables soutiennent à fonds perdus des canards boiteux. Le retour en grâce des banques est donc loin d’être assuré.
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