S&P se méfie de la simplicité trompeuse du ratio de levier
Standard & Poor’s ne croit pas aux remèdes miracles. Dans un rapport publié hier, l’agence de notation considère le ratio de levier bancaire en normes Bâle 3 «comme un supplément utile aux systèmes réglementaires de mesure du risque et qui permet d’identifier les cas extrêmes». Mais elle prend néanmoins ses distances avec cet outil poussé en avant depuis un an par les régulateurs, en lui adressant des critiques que ne renieraient pas nombre de banquiers.
La simplicité du leverage ratio, qui rapporte le capital tier one au bilan et au hors-bilan, n’est qu’apparente, selon S&P. «Le ratio proposé ne garantit pas une interprétation consistante ou une comparaison fiable d’institutions qui ont des modèles d’activité très différents», souligne l’agence. D’autant que les régulateurs nationaux devraient chacun mettre en œuvre leur propre version des nouvelles règles, à l’image des Etats-Unis. La Fed a déjà dévoilé sa mouture du leverage ratio, avec un seuil à 6% pour les institutions systémiques. La multiplication de ces ratios de levier locaux fera donc perdre le bénéfice de la simplicité.
S&P met aussi en avant l’argument d’un ratio pousse-au-crime. «S’il devait devenir l’exigence en capital la plus contraignante, il pourrait au fil du temps pousser les banques à accroître leurs expositions au risque, s’inquiète l’agence. Par exemple, un ratio de levier minimum n’aurait pas nécessairement en lui-même empêché la constitution d’expositions excessives à l’immobilier commercial, qui ont eu ces dernières années un impact sur le profil de crédit d’un certain nombre de banques». L’agence souligne aussi que cette méthode met à mal les activités à faible marge, comme le financement aux collectivités. Les banques seront tentées de les transférer au secteur non régulé.
Au passage, Standard & Poor’s bat en brèche l’argument de la Banque d’Angleterre: celle-ci estime que le ratio de levier aurait permis de prédire la crise financière de 2007, contrairement aux mesures de risque pondéré. «Nous ne devons pas considérer que ce ratio sera le meilleur indicateur d’une crise future», affirme l’agence.
Le Comité de Bâle avait estimé que le ratio de levier aurait toute son utilité seulement en complément des mesures d’actifs pondérés par le risque, elles-mêmes en cours de révision. Un avis partagé par S&P. Mais l’agence continuera à baser ses notations sur son modèle interne de risk-adjusted capital (RAC) ratio.
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