Si elles réduisent leurs réseaux, les banques continuent à recruter pour remplacer les baby-boomers. La concurrence fait rage pour attirer les jeunes collaborateurs.
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Aurélie Abadie
Les connaissances bancaires ne sont plus forcément nécessaires pour devenir conseiller.
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Le métier de conseiller bancaire est-il encore attractif ? Alors que les banques ont tendance à tailler dans leurs réseaux, en témoigne la récente fusion entre la Société Générale et le Crédit du Nord qui se traduira par 6.231 suppressions de postes brutes d’ici à 2025, elles sont aussi confrontées au défi du recrutement sur un marché qui se tend de plus en plus.
Sous l’effet des départs à la retraite des baby-boomers, les besoins de conseillers clientèle repartent à la hausse. Les réseaux qui se réorganisent n’échappent pas à cette logique : la « nouvelle banque de détail » du groupe Société Générale va ainsi créer 2.508 postes en trois ans.
Mais il est aujourd’hui beaucoup plus difficile de recruter dans les réseaux. La concurrence pour attirer les talents s’est accrue non seulement entre les banques mais aussi entre les différents secteurs économiques. « Etre banquier, pour un jeune, ce n’est plus le graal », constate Jérémy Jouanneau, manager senior chez le spécialiste du recrutement Hays. L’image d’épinal du cadre en costume-cravate déroulant une carrière linéaire jusqu’à la retraite ne fait plus rêver. « Les mentalités ont changé. Aux yeux des jeunes, les banques sont de grands groupes avec des cultures d’entreprise qui manquent de modernité », juge-t-il.
« C’est le fait d’être salarié qui pose problème aujourd’hui plutôt que le métier bancaire », estime de son côté Cécile Viard, responsable marque employeur et recrutement chez LCL. Elle reconnaît tout de même que « le temps des candidatures spontanées par milliers sur notre site institutionnel est révolu. Il faut donner envie ! ».
La personnalité, avant le CV
Dans ce marché de l’emploi qui se tend, les banques n’ont pourtant pas revu leur niveau d’exigence à la baisse, ce qui accroît encore les difficultés de recrutement. « Les banques sont sélectives et ont peur de se tromper. Elles demandent à faire passer beaucoup d’entretiens, avec notamment des mises en situation pour les forces commerciales », raconte Hélène Frasca, directrice associée de Walters People. Résultat, « les processus de recrutement sont longs et elles perdent parfois des candidats car la concurrence est plus rapide ».
Face à la raréfaction des bons profils, les banques ont commencé à réagir : en soignant leur communication, mais surtout en renforçant leurs liens avec les écoles pourvoyeuses de talents potentiels. Elles ont aussi considérablement diversifié les profils des candidats : la connaissance du monde bancaire n’est plus incontournable pour être embauché. « Les banques innovent en allant se faire connaître dans les salons professionnels. Elles prennent des risques en proposant des opportunités à des commerciaux qui n’ont jamais travaillé dans la banque auparavant », témoigne Jérémy Jouanneau.
La stratégie est assumée chez LCL. « Nous recrutons aujourd’hui davantage sur les soft skills, comme les compétences relationnelles et commerciales, que sur la connaissance bancaire. Nous formons ces candidats par la suite lorsqu’ils sont embauchés. Nous le mettons d’ailleurs en avant dans nos campagnes de marque employeur : la personnalité, avant le CV. Cela participe aussi à dépoussiérer l’image du métier : le conseiller n’est plus assis toute la journée à son bureau, c’est un commercial dynamique », précise Cécile Viard.
Possibilités d’évolution
Les banques tendent ainsi à former leurs propres talents. C’est le cas de BNP Paribas, qui vient de lancer son centre de formation d’apprentis B-School, en collaboration avec l’Ecole supérieure de la banque (ESB). Au mois de septembre prochain, il devrait accueillir plus de 100 étudiants de niveau Bac+2. Au terme de leur année de formation, ils se verront décerner un diplôme d’équivalent Bac+3, un « bachelor banque omnicanal », et pourront intégrer le réseau en CDI s’ils ont fait leurs preuves en agences. La banque de la rue d’Antin proposera aussi l’an prochain un parcours diplômant ouvert aux bacheliers. Son objectif est de former via son centre de formation des apprentis (CFA) plus de 600 étudiants d’ici à 2025.
Les possibilités de formation et d’évolution offertes par les banques restent leur principal atout pour recruter de jeunes collaborateurs, alors que les salaires d’entrée dans la profession stagnent : de 22.000 à 24.000 euros brut annuels pour les conseillers d’accueil, de 26.000 à 28.000 euros brut annuels pour les conseillers clientèle particuliers, selon l’étude annuelle de Hays. « La banque reste attractive car le secteur offre de nombreuses passerelles entre les différents métiers. Il est possible de débuter en tant que chargé de clientèle particuliers, puis d’évoluer au siège, dans les back ou middle-offices, ou bien de se positionner sur la clientèle d’entreprises et la gestion de patrimoine », souligne Hélène Frasca.
Pour recruter, les banques de détail misent aussi sur « les avantages périphériques » – entendre par là les avantages sociaux (participation, intéressement) – mais aussi la qualité de vie au travail. « Les banques mettent en place des systèmes de mentorat pour les nouvelles recrues, ce qui réduit le taux d’échec pendant les périodes d’essai. Le management se fait plus participatif », ajoute Renaud Garnier, senior executive chez Michael Page. Après avoir attiré les talents, il s’agit en effet de les retenir.
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