« On voit des ‘matheux’, mais il faut surtout des qualités d’analyse »
Eric Singer, associé gérant du cabinet de chasse de têtes Odgers Berndtson, et
Delphine Dubreuil, associée
L’arrivée de l’intelligence artificielle dans la gestion d’actifs modifie-t-elle les profils des gérants ?
Delphine Dubreuil : La gestion d’actifs implique de plus en plus de profils ayant des compétences de data scientists aptes à une analyse de données à très grande échelle et permettant d’accéder à des champs d’investissement beaucoup plus vastes. Le modèle qui va se développer est celui d’une gestion active complétée par de puissants outils quantitatifs. Dans ce contexte, les profils d’ingénieurs ou de statisticiens ont une plus-value certaine.
Eric Singer : Les gérants doivent être passés par l’analyse quantitative active. Le profil idéal, c’est le gérant qui a un parcours initial d’analyste quantitatif et la capacité d’un gérant de conviction légèrement « contrariant ». Oui, on voit des « matheux » mais il faut surtout des qualités d’analyse macro et micro.
Une nouvelle génération de gérants d’actifs émerge-t-elle sur la place de Paris ?
DD : Nous remarquons une « juniorisation » des gérants traditionnels, tandis que les seniors n’ont pas toujours su ou pu s’adapter aux nouvelles contraintes de marchés et trouver des leviers de performance. Leurs niveaux de salaires élevés entrent en conflit avec des performances de gestion en déclin, voire négatives.
ES : Le gérant d’aujourd’hui doit être un bon économiste, un bon trader et un professionnel capable de simuler ses hypothèses et modèles sur des outils informatiques puissants comme Matlab aujourd’hui et les ordinateurs quantiques après-demain. C’est également quelqu’un qui a des convictions. Sinon ce n’est pas un gérant.
Comment évoluent les rémunérations ?
ES : Les jeunes financiers qui vont vers la gestion n’y vont pas pour l’attrait salarial. Les salaires fixes parisiens de gérants seniors (plus de 15 ans d’expérience) se situent aux alentours de 120.000 €. Ils sont en deçà des salaires britanniques et suisses, sachant qu’en France, un bonus de 50 % à 80 % du fixe constitue le haut de la fourchette.
DD : Les sociétés de gestion veillent vraiment à la maîtrise de leur masse salariale. C’est notamment lié au contexte : les taux bas ont affecté leur rentabilité et les rendements de leurs produits sont faibles, ce qui contribue à une stagnation des salaires.
Plus d'articles du même thème
-
La confiance des ménages français est en chute libre
Il faut remonter à 2013 pour trouver un indicateur aussi bas : les ménages sont de plus en plus pessimistes tant sur l’évolution de leur situation financière personnelle, que sur leur capacité d’épargne ou sur la hausse du chômage. Ils s’attendent également à un regain d’inflation. -
Microsoft propose à 60.000 salariés de quitter l'entreprise
Le géant américain de la technologie veut continuer à réduire ses effectifs. Il propose un plan de départ volontaire à plus d'un quart de ses salariés. Seuls les Etats-Unis, le Canada, l'Inde et le Royaume-Uni sont concernés. -
La pause attendue de la Fed masque de gros enjeux de communication
Les données récentes sur l’économie et sur l’inflation renforceraient la nécessité d'une nouvelle hausse des taux de la Fed ce mercredi. Mais les rares indications fournies par les responsables de la banque centrale suggèrent une pause, anticipée par les marchés de taux, et transforment ce rendez-vous en point de bascule autour de la communication.
ETF à la Une
Près d’un quart de la collecte d'octobre sur les ETF en Europe s’est dirigé vers les actifs américains
- La Société Générale fait son retour vers les futures
- Les gérants confirment leur confiance dans les marchés actions américains
- 2CRSI n’arrive pas à se remettre d’une attaque d’activiste
- La Société Générale poursuit sur sa lancée avec de nouveaux résultats records
- Le départ de Christine Lagarde dès février 2027 précipite sa succession à la BCE
Contenu de nos partenaires
-
Tic tacPrimaire: Gérard Larcher lance le compte à rebours
Si aucun candidat de la droite et du centre ne s'impose d'ici fin décembre, « il faudra un sursaut en début d'année », prévient le président du Sénat -
Visé par de nouvelles hausses de taxes, le secteur aérien en pleine zone de turbulences
Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit de multiples dispositions qui relèvent la fiscalité sur différents acteurs du secteur aérien, et qui pourraient répercuter ces taxes sur les prix des billets d’avion -
EditorialCNews, LFI : le piège démocratique
Pluralisme : pourquoi vouloir interdire CNews ou dissoudre LFI est un piège démocratique