Natixis étudie l’apport de son courtage actions à Oddo
Un nouveau mariage à caractère défensif se profile dans le courtage actions. Natixis et Oddo BHF discutent du rapprochement de leurs activités, dont le modèle économique sera secoué par l’entrée en vigueur de la directive MIF 2 en janvier 2018, indiquent à L’Agefi plusieurs sources internes et externes. Selon l’une des sources, certains clients des courtiers auraient même été discrètement sondés pour connaître leur réaction au projet.
Les deux parties souhaitaient initialement aboutir avant la fin du mois. Les sources évoquent désormais une annonce possible la première quinzaine de décembre, ou en tout cas avant Noël. Laurent Mignon, directeur général de Natixis – qui connaît bien Oddo, dont il a été associé – aurait par ailleurs indiqué devant des salariés du groupe cette semaine qu’une réflexion sur le cash actions était en cours, et que des annonces seraient faites d’ici à la fin de l’année sur l’avenir de ce métier en mal chronique de rentabilité. Dans son plan stratégique 2020 présenté le 20 novembre, Natixis indiquait vouloir abaisser à 60% le ratio coûts/revenus de sa banque d’investissement.
Impact social
Ni la filiale de BPCE, ni Oddo, ne souhaitaient hier commenter l’information. Le schéma de rapprochement ne serait pas totalement arrêté, mais la voie est claire : c’est Natixis qui apporterait à Oddo ses équipes d’intermédiation actions. Le périmètre concerné, qui n’est pas logé aujourd’hui dans une entité juridique dédiée car Natixis Securities a été absorbé par Natixis SA il y a plusieurs années, comprend le courtage (vente, trading…) et la recherche, soit moins d’une centaine de collaborateurs. Le reste de la recherche, notamment crédit, resterait au sein de la banque cotée, de même que les activités de primaire actions (ECM).
Le groupe suivrait ainsi la voie choisie en 2012 par le Crédit Agricole, qui avait apporté son broker CA Cheuvreux à Kepler, et, il y a une dizaine d’années, par BNP Paribas, allié à Exane. De quoi susciter des craintes légitimes chez les salariés du groupe. L’intégration de CA Cheuvreux à Kepler avait entraîné un bain de sang social : 290 suppressions de postes sur 360 en France, et 500 sur 700 en Europe. Un plan de départ que la banque verte avait financé en versant une soulte à Kepler. Entre Oddo BHF, qui couvre aujourd’hui 400 valeurs au travers de cinq implantations, et Natixis, les doublons ne manqueraient pas non plus. «Si les discussions se prolongent, c’est aussi pour éviter de reproduire ce qui s’est passé avec Kepler Cheuvreux», nuance un proche du dossier.
La création de plates-formes européennes de courtage actions répond à une logique industrielle. Le cash actions est l’un des métiers historiques d’Oddo, qui a pris une dimension européenne – ou tout du moins franco-allemande – avec les rachats de Seydler et BHF. Le groupe a décroché en 2017 la première place du classement qualitatif Extel des brokers sur valeurs françaises. Kepler Cheuvreux, lui, ne cesse de faire grossir sa pelote, et vient d’annoncer un accord avec Belfius (lire l’encadré).
La difficulté à rentabiliser ce métier a déjà poussé des banques comme UniCredit et Rabobank à en sortir. Si le choix de Natixis se confirme, la Société Générale resterait la seule grande banque d’investissement française à contrôler son broker. En imposant la stricte séparation des frais de recherche et d’exécution, MIF 2 complique encore l’équation. Pour optimiser un poste de coûts qu’ils ne payaient pas jusqu’à présent, les investisseurs devraient fortement réduire le nombre de courtiers auxquels ils ont recours, et faire chuter le prix de la recherche.
{"title":"Belfius s\u2019allie \u00e0 Kepler Cheuvreux»,"body":{"value":"Kepler Cheuvreux a annonc\u00e9 jeudi qu\u2019il proposera son offre de courtage actions et recherche \u00e0 la client\u00e8le institutionnelle et fortun\u00e9e de la banque belge Belfius. A la diff\u00e9rence des pr\u00e9c\u00e9dents partenariats nou\u00e9s par le courtier parisien, celui-ci n\u2019entra\u00eene pas de reprise d\u2019activit\u00e9, Belfius \u00e9tant pr\u00e9sent sur le primaire actions (ECM) mais pas le brokerage<\/em>. Belfius prendra au passage 5,2% de Kepler Cheuvreux, sans augmentation de capital. Il rejoint au tour de table Blackfin (17,6%), CA CIB (15,1%), la Caisse des d\u00e9p\u00f4ts (9,7%), Swedbank (6%), UniCredit (5,2%), Rabobank (5%), Ark\u00e9a (4,4%) et les dirigeants et salari\u00e9s (31,9%).<\/p>\n»,"format":"light_html"}}
Plus d'articles du même thème
-
BNP Paribas met sa banque d’investissement en ordre de marche pour 2030
Le groupe bancaire modifie l’organisation de certains pans de sa BFI en amont du plan stratégique qu’il présentera début février. L’Europe, la couverture clients et les développements dans les infrastructures digitales ainsi que la souveraineté sont au cœur des priorités de la banque d’investissement de BNP Paribas. -
L’Europe se prépare au difficile passage du règlement-livraison en un jour
Programmé pour le 11 octobre 2027 afin de s’aligner sur Wall Street, le passage des marchés financiers européens à un règlement-livraison des titres en un jour au lieu de deux a rallié les professionnels malgré la complexité de sa mise en œuvre. -
Jacques Vigner (Amafi) : «Les responsables politiques doivent envisager le rôle des marchés financiers de façon stratégique»
Responsable de la supervision stratégique Marchés mondiaux chez BNP Paribas et également vice-président de l’association internationale des produits dérivés (Isda), le nouveau président de l’Association française des marchés financiers (Amafi) commence son mandat avec la volonté d’obtenir un soutien des décideurs politiques.
ETF à la Une
Près d’un quart de la collecte d'octobre sur les ETF en Europe s’est dirigé vers les actifs américains
- Jean-Pierre Thomas (TVI) : «Il n’y a pas de dossier Thomas Vendôme Investment mais un dossier Malakoff Humanis»
- Les gérants confirment leur confiance dans les marchés actions américains
- Crédit Mutuel Arkéa avoue être victime d'une cyberattaque historique
- 2CRSI n’arrive pas à se remettre d’une attaque d’activiste
- Parvus accentue sa pression sur la gouvernance d’Accor
Contenu de nos partenaires
-
Une moisson d’or
Face à l’or de la joaillerie, le travail de l’artiste Nathalie Seiller Dejean autour de la paille qu’elle tresse et taille avec une précision d’orfèvre fait écho. Elle révèle une noblesse inattendue quand l’or et la paille, que tout oppose, se rejoignent dans un même geste d’excellence. -
La folie des grandeurs« La défaite est inconcevable pour les insoumis » : les problèmes de riches de Jean-Luc Mélenchon
Le candidat insoumis, qui bénéficie de la faiblesse de ses concurrents, tutoie la barre des 20 % dans les sondages, mais n’a pas le début d’une stratégie pour l'emporter sur Marine Le Pen au second tour -
Mathilde Thomas (Caudalie) : « L’indépendance est le seul luxe que je ne peux pas négocier »
Dans l’industrie de la beauté, Caudalie occupe une place à part. Et pas seulement parce que la marque a été cofondée par Mathilde Thomas, une femme à l’énergie débordante…