Nationalisations a minima en vue aux Etats-Unis
Les autorités financières américaines passent à la vitesse supérieure. Dans un document conjoint, le département du Trésor, la Réserve fédérale, le Fonds de garantie des dépôts bancaires (FDIC), la direction de l’administration de la monnaie (OCC), ainsi que l’organisme de supervision des caisses d’épargne fédérales (OTS) ont précisé hier les modalités d’application de leur programme de soutien à l’industrie financière (Capital Assistance Program). L’examen des besoins de chaque institution démarrera mercredi.
Ces examens prendront la forme de «stress tests», effectués à partir de l’hypothèse d’une conjoncture économique encore dégradée. Cela dit, ces autorités entendent favoriser une solution privée et limiter toute intervention de l’Etat fédéral aux dernières extrémités – repoussant d’autant le spectre d’une nationalisation totale pour certains des principaux établissements d’outre-Atlantique. «Si l’évaluation indique qu’un matelas supplémentaire est nécessaire, les institutions auront la possibilité de se tourner dans un premier temps vers des sources de capitaux privées. […] Tout capital public devra prendre la forme d’actions préférentielles convertibles», indique le communiqué des autorités. Il est précisé que ces titres ne devront être convertis qu’afin de garantir aux banques une capitalisation satisfaisante et ce au fur et à mesure de leurs besoins. Ils pourront être remboursés avant que leur conversion en actions de plein exercice ne devienne obligatoire.
Les injections de capital précédemment réalisées dans le cadre du Tarp (Troubled Asset Relief Program) seront échangeables contre les nouvelles actions préférentielles. Le Trésor a déjà injecté plus de 280 milliards de dollars dans les sociétés financières américaines; 45 milliards ont par exemple été injectés dans Bank of America et dans Citigroup. Mais afin de mettre les choses au clair, les autorités de tutelle américaines concluent que «l’hypothèse la plus probable sur laquelle le programme CAP a été fondé est que les banques devraient rester entre les mains du secteur privé».
Les rumeurs de nationalisation pure et simple de certaines des plus grandes institutions financières du pays allaient bon train ces derniers jours en raison de leurs difficultés. Cette déclaration commune a été interprétée comme une rebuffade aux partisans d’un interventionnisme musclé, de plus en plus audibles. A partir d’aujourd’hui, on s’orienterait au contraire vers des nationalisations a minima, au cas par cas et le plus temporaires possibles. Les investisseurs ont reçu cette nouvelle avec soulagement; ces derniers temps, ils avaient fortement attaqué les titres de Citigroup et de Bank of America, remettant en cause leur viabilité face à des pertes de crédit toujours plus volumineuses. Citigroup avait notamment décliné de 44% et sa rivale de 32% la semaine dernière.
Pendant le week-end, plusieurs médias affirmaient de sources proches ou internes que la première discutait d’un élargissement à 40% de la participation de l’Etat à son capital, par conversion des fonds du Tarp. Une solution médiane qui a fait remonter son cours hier à l’ouverture de la Bourse de New York, ainsi que celle de BoA.
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