L’industrie se montre réservée sur le «choc actions» réduit de Solvabilité 2
La nouvelle classe d’actions détenues à long terme aux exigences en capital réduites pour les assureurs, intégrée à la revue de l’acte délégué de Solvabilité 2 adopté vendredi, est encore loin de faire l’unanimité au sein de l’industrie. La mise en place d’un «choc actions» réduit à 22% représente pourtant une demande de longue date des assureurs, mais Bruxelles a traîné la patte, se résignant finalement au dernier moment à introduire cette réforme dans l’acte délégué face à un lobbying intense de l’industrie, de la France, des Pays-Bas et du Parlement européen. Si Bruno Le Maire s’est félicité de cette adoption, indiquant lundi que sa mise en œuvre représente «une urgence pour soutenir la croissance des entreprises européennes», l’industrie s’inquiète de critères «trop restrictifs» et «trop flous», même si le texte «va dans le bon sens», souligne une source de l’industrie à L’Agefi.
L’un des problèmes tient au cantonnement des actions censées bénéficier du taux réduit. «La lecture du paragraphe ne s’avère pas limpide», explique à L’Agefi David Dubois, le président de l’Institut des actuaires. Les modalités concrètes de ce «canton de fait» devront être précisées par les autorités nationales, dont l’ACPR en France, ce qui ouvre la voie à des divergences en Europe. Par ailleurs, la durée moyenne de détention pour bénéficier du taux réduit, fixée à 5 ans, devra être évaluée ligne par ligne. «C’est mieux que le seuil de 12 ans initialement proposé et qui était inapplicable, mais l’évaluation ligne par ligne est problématique», explique une source de l’industrie.
Enfin, les assureurs devront démontrer leur capacité à conserver ces titres sur dix ans en période de stress, mais David Dubois pointe «le manque de précisions sur les modalités pour apprécier la liquidité et la solvabilité de manière prospective», amenant là aussi le risque de «divergences d’implémentation» entre Etats membres. Face à l’objectif affiché de plus grande harmonisation, «le nouvel amendement continue d’alimenter les distorsions», estime-t-il.
Le directeur de la division financière de Swiss Life France s’est quant à lui montré bien plus critique lors de la présentation des résultats annuels. «Cette révision est inapplicable malgré ce qui a été obtenu par la profession et les lobbies», déclarait alors Jean-Pierre Lassus, ajoutant que la révision constituait un «véritable coup d’épée dans l’eau».
Plus d'articles du même thème
-
Uber écope d’une amende record de 825 millions d’euros
Les autorités française et néerlandaise de protection des données reprochent au géant américain de réservation de voitures d’avoir automatiquement désactivé des comptes de chauffeurs. -
Le projet de la SEC de supprimer la règle du « meilleur prix » met les investisseurs vent debout
La proposition de supprimer une protection en vigueur depuis 2005 a fait l’objet d’une consultation qui s’est achevée le 17 août. Les hedge funds et gestionnaires taclent un projet porté de longue date par Paul Atkins, président du régulateur américain. -
L'éligibilité des ETF synthétiques au PEA est dans le viseur de Bercy
Le compte à rebours est peut-être lancé pour les ETF World, S&P 500 et Nasdaq logés dans le PEA. Une note interprofessionnelle du 24 juillet 2026 laisse entrevoir la fin de l'éligibilité des ETF synthétiques exposés hors Europe, au PEA.
ETF à la Une
Vanguard sort trois fonds Ucits actions mondiales
- La BCE craint une correction boursière liée à l’IA
- La tension sur les taux rompt la torpeur estivale
- Crédit Agricole Assurances accélère sa diversification et mise sur l’affinitaire
- Scott Bessent se porte au secours des Treasuries
- Stellantis écorne un peu plus son image en rappelant près d'un million de véhicules
Contenu de nos partenaires
-
Entre gris clair et gris foncé« Ils sont la clé pour 2027 » : comment le RN veut fidéliser le vote des retraités
Pour la présidentielle, Marine Le Pen ne veut surtout pas perdre le vote des aînés qu’elle a eu tant de mal à conquérir. À elle d’entretenir la flamme face aux nouvelles rivalités, comme celle d’Edouard Philippe -
La Fabrique de l'OpinionLa politique est-elle devenue une cellule de crise permanente ?
Brice Soccol : « Nous demandons désormais à l’Etat, à ses représentants, aux élus locaux d’être présents partout où apparaît un risque. Qu’ils alertent, qu’ils anticipent, qu’ils réglementent, qu’ils indemnisent et, lorsque la crise survient, qu’ils interviennent immédiatement » -
Présidentielle : l'art délicat du ralliement
En 2017, le soutien de Bayrou à Macron a propulsé la campagne du candidat. Un ralliement réussi nécessite un bon timing. Il peut aussi servir à déstabiliser l'adversaire