L’Espagne écarte un assainissement rapide du secteur bancaire
Le ministre espagnol de l’Economie, Luis de Guindos, a estimé hier que les banques espagnoles avaient besoin de provisionner jusqu’à 50 milliards d’euros en plus pour couvrir leurs actifs immobiliers toxiques. Selon Joaquín Maudos, professeur d’économie à l’Institut Valencien de Recherches Economiques (IVIE), le chiffre annoncé se rapproche des 60 milliards d’euros de provisions qu’une récente étude du BBVA avait estimé nécessaires pour couvrir les prévisions de pertes du secteur bancaire espagnol. L’étude soulignait le besoin de provisionner ces pertes afin de nettoyer «prudemment» leurs bilans.
Actuellement «les banques ont provisionné 30 % des 170 milliards d’euros d’actifs immobiliers toxiques», a déclaré Luis de Guindos lors d’un entretien mercredi au Financial Times. Le ministre espagnol de l’Economie souligne que cette somme, représentant 4% du PIB, est gérable. D’autant que les provisions seraient passées sur plusieurs années.
Cependant, cet effort supplémentaire pourrait être difficile à supporter par certaines entités à un moment où tout le secteur doit renforcer ses ratios de core capital exigés par les régulateurs européens. Selon Joaquin Maudos, «une augmentation des provisions pour assainir les bilans pourrait supposer un problème pour les entités qui n’ont pas les résultats nécessaires pour provisionner, ce qui provoquerait des pertes». BarCap estimait hier que Sabadell et Popular seraient les plus touchées, avec une charge équivalente à 2 ou 3 fois leurs estimations de résultat avant coût du risque en 2012.
Ceci pourrait entraîner un processus de fusion. C’est justement cette formule qui avait enthousiasmé Emilio Botin, le patron du Santander, lequel s’oppose à la création d’une «bad bank», instrument de défaisance des actifs bancaires à risque. Alors que le nouvel exécutif espagnol a écarté hier l’idée d’une telle structure, nombre d'économistes pensent que sa création est inéluctable.
Les banques peuvent-elles en effet assumer seules le coût de cet assainissement grâce à leurs résultats ? BarCap en doute, et fait remarquer que le chiffrage de 50 milliards «ne tient pas compte de la dégradation potentielle de la qualité de crédit et se focalise sur le secteur immobilier, ignorant les effets des difficultés économiques sur les ménages et les entreprises». Pas de quoi rassurer les marchés, estime la banque britannique.
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