Les régulateurs décryptent la nouvelle donne des bilans bancaires
Encombrement des actifs bancaires, montée en puissance du collatéral: ces termes techniques recouvrent l’une des évolutions majeures des marchés financiers. Un groupe de travail diligenté par la Banque des règlements internationaux (BRI) a publié hier un rapport sur cette question épineuse. Si l’usage du collatéral (par exemple les prêts hypothécaires qui garantissent les covered bonds) réduit le risque de contrepartie, «il accroît le caractère procyclique du système financier», note le rapport. Il augmente aussi «l’opacité du système, notamment à travers les activités de shadow banking».
La dette non sécurisée coûtant plus cher, les banques ont accru ces dernières années leur financement collatéralisé: covered bonds, dont l’encours a triplé en France entre 2007 et 2011, RMBS aux Etats-Unis, pension livrée (repo) pour le financement des activités de marché. Une part croissante des actifs du bilan se trouve donc «encombrée», c’est-à-dire mobilisée pour sécuriser une catégorie de créanciers, jusqu’à 50% dans le cas des banques hypothécaires d’Europe du Nord. Le rang prioritaire accordé aux déposants sur les créanciers seniors dans certaines juridictions revient aussi à «geler» une partie des bilans. Par ailleurs, les réformes sur la centralisation des dérivés de gré à gré ou la liquidité bancaire accroissent la demande pour le collatéral de qualité.
Le groupe de travail réfute l’idée d’une pénurie de collatéral. Le besoin supplémentaire créé par les réformes est évalué à 4.000 milliards de dollars, alors que l’encours d’emprunts d’Etat notés AAA ou AA- s’est accru à lui seul de 10.800 milliards depuis fin 2007. Des pénuries localisées peuvent cependant apparaître. En période de stress, la chaîne du collatéral peut aussi transmettre les tensions d’un maillon à l’autre du système financier, ou les accroître lorsqu’une catégorie d’actifs, comme la dette d’Etat, se retrouve décotée. L’encombrement des actifs, lui, déforme les prix de la dette bancaire senior non sécurisée.
Le groupe de travail de la BRI esquisse plusieurs réformes. Première piste: que les banques transmettent aux superviseurs des détails sur l’encombrement de leurs actifs, comme l’a demandé la Banque de Suède en 2012. Le rapport suggère aussi de modifier le prix des mécanismes de garantie des dépôts, d’étudier des plafonds au poids des covered bonds dans les bilans, ou encore d’harmoniser la définition des collatéraux.
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