Les patrons de banques françaises paient leur écot à la crise
Les fortunes diverses des banques françaises en 2020 n’ont pas été sans conséquences sur le niveau de rémunération de leurs dirigeants. Si ces montants sont à relativiser dans la mesure où ils sont «attribués» et peuvent donc être différés ou bien évoluer en fonction d’indices boursiers ou de clause de récupération, ils donnent une image des perdants de la crise et de ceux qui y ont résisté. Ainsi, Jean-Laurent Bonnafé, le directeur général de BNP Paribas, fait partie du deuxième groupe. Sa rémunération n’a baissé que de 100.000 euros, de 3,8 millions d’euros en 2019 à 3,7 millions d’euros en 2020.Le résultat de la banquea reculé de 13,5% en 2020, ce qui n’a pas empêché la réalisation de quasiment tous les objectifs du directeur général, si ce n’est la diminution du résultat net par action (5,31 euros en 2020 contre 6,21 euros en 2019). Chez BPCE, qui a essuyé en 2020 une baisse de 47% de son résultat net, la rémunération de Laurent Mignon a diminué de 300.000 euros, passant de 2,4 millions d’euros en 2019 à 2,1 millions d’euros en 2020.
Renoncement à une partie du variable
Du côté de la Société Générale, Frédéric Oudéa s’est vu attribuer une rémunération fixe et variable de 1,78 million d’euros en 2020, loin des 2,68 millions d’euros de 2019, après quela banque a fini 2020 dans le rouge. Cet écart s’explique par la non-réalisation des objectifs sous-jacents au versement de cette part variable. Celle-ci dépend pour 60% de critères quantitatifs (rentabilité des capitaux propres tangibles -RoTE-, ratio core tier 1 et coefficient d’exploitation à part égale). Or, «les résultats du groupe sont très sensiblement différents de ceux initialement prévus dans le budget 2020 fixés avant le déclenchement de la crise. En conséquence, le taux de réalisation des objectifs quantitatifs est nul pour les paramètres financiers relatifs au groupe à l’exception du critère sur le ratio de capital CET1 qui est satisfait à 100%», explique la banque. S’il avait atteint 42,3% de ces objectifs quantitatifs en 2019, il n’a atteint que 20% en 2020. Les 40% restants de la rémunération variable dépendent de critères qualitatifs dont 34,8% sont considérés comme atteints en 2020 (36,7% en 2019).
Surtout, comme l’ensemble des dirigeants mandataires sociaux exécutifs, Frédéric Oudéa a renoncé à 50% de sa rémunération variable «pour contribuer au financement du programme de solidarité mondial mis en place par la Société Générale». Finalement, de 1,38 million d’euros de rémunération variable en 2019, soit 107% de son fixe, il est passé à 480.695 euros en 2020, soit seulement 37% de son fixe.
Un schéma qui ressemble à celui du patron du Crédit Agricole SA, qui avait toutefois agi par anticipation. Si Philippe Brassac a eu droit à 2,4 millions d’euros en 2020 grâce à une part variable de 1,1 million d’euros justifiée par 98,1% des objectifs économiques et 123% des objectifs non économiques remplis, il n’a finalement touché que 1,7 million d’euros au titre de 2019. La moitié de son bonus a été reversée à un fondsdestiné aux personnes âgées en Ehpad et à domicile doté de 20 millions d’euros, sans quoi le dirigeant aurait touché 2,3 millions d’euros.
Ces rémunérations, qui peuvent parfois défrayer la chronique, restent loin des montants versés dans d’autres pays. Aux Etats-Unis par exemple, James Gorman, à la tête de Morgan Stanley, a touché 33 millions de dollars en 2020. Plus proche, le directeur général de Deutsche Bank, a vu sa rémunération bondir de 46% à 7,4 millions d’euros.
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