Les nouveaux dirigeants de Groupama ont peu de temps pour redresser l’assureur

Un capital fragile, des moins-values à prendre, une rentabilité insuffisante en France : l'équation financière s’annonce difficile à résoudre
Alexandre Garabedian

Thierry Martel et Christian Collin n’ont plus une minute à perdre. Après l’éviction brutale de Jean Azéma lundi soir, le nouveau directeur général de Groupama et son adjoint vont devoir s’atteler au redressement des finances de l’assureur. Les deux hommes connaissent leurs dossiers. A 47 ans, Thierry Martel, ancien commissaire contrôleur, affiche 21 ans de maison. De dix ans son aîné, Christian Collin est entré au Gan en 1980.

«Ils ont un an pour redresser la barre: c’est le temps que devrait leur laisser l’Autorité de contrôle prudentiel, faute de quoi le groupe devra être adossé», estime un observateur. A fin juin, le ratio de solvabilité en «dur» n’était que de 117%. CreditSights estime même que ce ratio a frôlé en septembre le seuil fatidique des 100% au plus bas des marchés.

Premier rendez-vous dès aujourd’hui avec un sommet européen qui devrait alourdir la contribution des créanciers privés au sauvetage de la Grèce. A fin juin, Groupama a déprécié de 21% ses emprunts grecs dont la maturité va jusqu’en 2020, soit un coût, en net, de 84 millions. Si la décote passait à 50%, sur une exposition de 627 millions, les provisions supplémentaires atteindraient 182 millions, dont une majorité à imputer aux assurés au titre de la participation aux bénéfices (PB). Mais le gros du portefeuille grec de Groupama arrive à échéance après 2020: 2,34 milliards d’euros en prix de revient, que l’assureur n’a pas dépréciés. Cette ligne portait à fin juin une moins-value latente de 38%, calculée d’après un modèle interne, soit 890 millions (159 millions nets de PB et d’impôt).

L’arrêté des comptes de fin d’année permettra aussi de figer les moins-values sur le portefeuille actions, où figurent des titres massacrés comme Veolia et la Société Générale. Pour les compenser, le groupe revendiquait 3,8 milliards de plus-values latentes brutes sur l’immobilier au 30 juin.

Le redressement pourrait aussi passer par des ventes d’actifs à l’international, jusqu’à présent le fer de lance de la croissance du groupe. A condition que d’éventuelles moins-values n’amputent pas les économies en capital réglementaire. Le groupe porte 3,1 milliards de survaleurs, dont 2,1 milliards sur ses filiales étrangères.

Enfin, l’amélioration de la rentabilité sur le marché français est impérative. Jean Azéma avait annoncé un plan d’économies de 300 millions d’euros dès 2013. Il reviendra à ses successeurs de tenir l’échéance.

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