Les marchés se focalisent sur le refinancement des banques ibériques
La banque centrale du Portugal a souhaité rassurer les marchés sur la santé des banques portugaises dans son rapport de stabilité financière publié hier. «Les difficultés d’accès des banques portugaises aux marchés de la dette internationaux reflètent essentiellement une hausse de la prime de risque souverain (…) et des déséquilibres structurels de l’économie domestique, mais pas des problèmes de rentabilité et de solvabilités du système bancaire portugais», lit-on dans le document.
Toutefois, la nécessaire réduction de l’effet de levier dans les banques est très lente. Leurs actifs consolidés n’ont diminué qu’au troisième trimestre, les banques ayant financé le secteur public de façon significative en 2009 et au premier semestre 2010, explique la banque centrale. Parallèlement, la dépendance des banques locales à la BCE vient seulement de commencer à baisser. En octobre, le système bancaire portugais s’est financé auprès de la BCE à hauteur de 40 milliards d’euros. «L’utilisation de ces dispositifs ne sera pas durable, rappelle la banque centrale. (…) Les banques portugaises devraient continuer à ajuster leurs bilans et à trouver des sources de financement alternatives, par exemple en cherchant à élargir leur base de clientèle et à offrir des produits d’épargne attractifs».
En Espagne, la dépendance des banques vis-à-vis de la BCE est encore plus forte en valeur absolue. Le secteur bancaire espagnol a encore utilisé 71,9 milliards d’euros en octobre, contre 106 milliards en septembre dernier. Entre mars et avril 2011, les banques auront besoin de refinancer 35 milliards d’euros de dettes, sachant que l’Etat espagnol devra aussi lever environ 15 milliards d’euros sur les marchés au même moment. Les banques espagnoles verront 30 % de leurs dettes à moyen et long terme arriver à échéance en décembre 2012.
Ces échéances nourrissent la défiance des marchés vis-à-vis des dettes périphériques et bancaires, un cercle vicieux s’instaurant entre les deux compartiments. Dans ce contexte, l’évolution de la capacité des banques espagnoles et portugaises à trouver des sources de financement alternatives sera déterminante, sachant que la BCE a poussé l’Irlande à demander une aide internationale afin de réduire la dépendance de ses banques au guichet européen. En octobre dernier, elles s’étaient financées à hauteur de 130 milliards d’euros auprès de la BCE.
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L'Union européenne dégaine ses mesures face à l'envolée du prix des engrais
Strasbourg - L’Union européenne s’apprête à débloquer des fonds mardi pour aider les agriculteurs face à la flambée du prix des engrais, une tendance qui s’est encore accentuée depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Pour mettre la pression, des organisations agricoles ont prévu dès le matin un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg, où la Commission doit dévoiler son plan d’action. «Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat (d’engrais) dans un climat d’extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais», met en garde le Copa-Cogeca, qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens. Avant le conflit au Moyen-Orient, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d’Ormuz. Depuis fin février, le prix des fertilisants a bondi en Europe. Ceux à base d’azote coûtent autour de 500 euros la tonne désormais, contre quelque 380 euros l’hiver dernier. A cela, s’ajoute l’envolée du coût du gazole pour les tracteurs, qui a poussé nombre d’Etats à sortir le carnet de chèques pour limiter la facture. La Commission européenne, qui avait promis bien avant cette guerre des mesures en faveur des agriculteurs, se retrouve sous forte pression. La guerre «a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais». Le plan d’action européen est monté de «quelques crans en termes d’importance politique», souligne Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des plus gros producteurs d’engrais en Europe. A court terme, Bruxelles va puiser dans la «réserve agricole», des fonds européens destinés aux situations de crise pour soulager le secteur. Il reste environ 200 millions d’euros dans cette enveloppe pour l’année 2026. La situation est particulièrement difficile pour les céréaliers. Gros consommateurs d’engrais, ils sont dans le rouge depuis trois ans à cause de l’effet combiné d’une récolte de blé catastrophique en 2024 et d’une année 2025 déjà marquée par des engrais très chers ainsi qu’un blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue. Taxe carbone pas remise en cause Au-delà de l’urgence, l’Union européenne, qui importe 60% des engrais qu’elle consomme, promet d’agir à plus long terme avec deux mots d’ordre: la diversification des approvisionnements et l’augmentation de la production européenne. Bruxelles pourrait aussi assouplir ses règles sur les nitrates pour autoriser les paysans à utiliser davantage de digestat, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques utilisés comme alternatives aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l’eau. En dépit des appels de plusieurs pays, dont la France, et des agriculteurs, l’exécutif européen n’a en revanche pas l’intention de suspendre sa taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier pour décarboner le secteur et soutenir les producteurs européens. Sur ce volet, la Commission a «déjà pris des mesures pour aider les agriculteurs», insiste une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les fertilisants, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin «d’atténuer fortement son impact». Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d’autres secteurs polluants, comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l'électricité et l’hydrogène. Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d’augmenter leur production. Le mécanisme européen «est vraiment indispensable pour garantir une concurrence équitable pour notre secteur», revendique ainsi Tiffanie Stephani. L’Union européenne ne reviendra pas non plus sur l’augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et bélarusses, dont Bruxelles voudrait définitivement se passer afin de priver Moscou de ressources qui financent la guerre en Ukraine. Face à la dépendance persistante de l’Europe aux importations, l’un des grands enjeux est le développement d’engrais alternatifs, bas carbone. Jusqu’ici, cette ambition a buté sur des coûts de production souvent très élevés, notamment en raison du prix de l'énergie. Plusieurs projets ont été abandonnés, dont une initiative en Autriche, baptisée «Green Ammonia Linz». Adrien DE CALAN © Agence France-Presse -
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