Les marchés défient les banques françaises
Le cours de l’action de la deuxième banque hexagonale a grimpé de 8,9% hier en début de séance, puis cédé jusqu’à 9,1% avant de finir en hausse de 3,7%. Son CDS a pris jusqu'à 31 pb. Egalement en baisse à la mi-séance, Credit Agricole a fini sur un gain de 5,14% et BNP Paribas a repris 0,31%. Alimentés par des rumeurs en série, les marchés mettent en doute la capacité des banques françaises à se financer, notamment à court terme, et s’inquiètent de leur exposition aux dettes périphériques.
Après la tournée médiatique du PDG de la Société Générale, Frédéric Oudéa, pour démentir les rumeurs et assurer de la bonne santé de son entreprise, le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a tenté de rassurer les marchés. «Les niveaux de capital (des banques françaises), appréciés par les fonds propres les plus durs, sont adéquats et les programmes de refinancement à moyen et long terme sont réalisés dans des conditions tout à fait satisfaisantes», a-t-il déclaré, ajoutant que la chute de leurs cours de Bourse n’affectait pas leur solidité financière. En début de soirée, pour la première fois depuis l'éclatement de la crise, BNP Paribas a également réagi, affirmant dans un communiqué que «grâce à sa capacité bénéficiaire forte et récurrente, ses ratios de solvabilité n’ont cessé de se renforcer trimestre après trimestre, pour atteindre un ratio Core Equity Tier 1 de 9,6% au 30 juin 2011.»
Mais les doutes sont là. Selon Reuters, une banque basée à Singapour aurait coupé ses lignes de crédit aux grandes banques françaises et cinq autres banques d’Asie seraient en train de revoir leurs crédits. «Le mélange de doutes sur la zone euro et de craintes vis-à-vis des notations ces derniers jours ont pu entamer la confiance envers les contreparties de financement», observe RBS.
C’est le financement de court terme qui nourrit les craintes. Et le fait que les demandes de prêts à 24h auprès de la BCE aient atteint mercredi 4,06 milliards d’euros, contre 147 millions la veille et une moyenne quotidienne de 1,5 milliard depuis février, n’a fait que les renforcer. Cette hausse des prêts, dont les intérêts sont plus élevés (2,25%), semble confirmer un début de tension sur le marché interbancaire. «La résistance des banques françaises face à un gel du marché de financement de court terme est très élevée», assure un analyste de Sanford Bernstein.
Nomura estime que les tensions sur le financement restent pour l’instant limitées mais «un défaut de l’Espagne ou de l’Italie pourrait cependant changer la donne». Une dépréciation de ces titres entraînerait de lourdes pertes et affecterait la solvabilité des banques françaises. BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale ont respectivement une exposition nette de 24,1 milliards, 10,1 milliards et 3,3 milliards d’euros à la dette italienne et de 3,9 milliards, 2,8 milliards et 2,2 milliards à la dette espagnole, d’après les chiffres de l’EBA.
«Les ventes sur les banques françaises et sur la Société Générale en particulier semblent exagérées», selon Citigroup. Preuve de la défiance du marché, le broker note que les primes d’assurance exigées contre un risque de défaut (CDS) de la Société Générale affichent un écart plus large «qu’aucune autre grande banque en Europe» par rapport à celles demandées pour un défaut de son pays. Le CDS de la banque a atteint jeudi 368 points de base (pb) dans la journée, contre 176,3 pb pour la France, selon CMA.
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