Les entreprises européennes engagent leur retraite de Russie
Malgré des liens souvent tissés depuis de longues années, un nombre croissant d’entreprises européennes annoncent leur intention de se désengager du marché russe depuis le week-end dernier. Ces décisions reflètent cependant des stratégies contrastées, allant de la réduction ou la suspension de leur activité à une sortie totale de Russie. Sur une vingtaine de sociétés recensées mercredi matin, trois secteurs sont plus particulièrement concernés par ces annonces, à savoir l’énergie, l’automobile et la logistique.
Dans les hydrocarbures, TotalEnergies, qui «n’apportera plus de capital à de nouveaux projets en Russie», a adopté une position bien plus souple que ses homologues BP ou Shell. Le norvégien Equinor, présent depuis plus de 30 ans dans ce pays, a déjà commencé à se désengager de toutes ses coentreprises, mettant ainsi fin à une coopération nouée depuis 2012 avec Rosneft. L’énergéticien danois Orsted a cessé de s’approvisionner en charbon et en biomasse russe pour faire fonctionner ses centrales thermiques, mais il continuera à acheter jusqu’à deux milliards de m3 de gaz naturel à Gazprom par le biais d’un contrat à long terme existant. Il ne signera «aucun nouveau contrat avec des fournisseurs ou sous-traitants russes».
Une hausse des échanges pétroliers sino-russes
De son côté, la Russie a prévu d’augmenter ses échanges énergétiques avec son voisin chinois pour compenser une partie des recettes perdues en raison de la sortie d’entreprises occidentales. Transneft, qui transporte plus de 80% des volumes de pétrole brut produits en Russie, a fait savoir qu’elle comptait acheminer 40,3 millions de tonnes de pétrole via son réseau d’oléoducs ce mois-ci, contre 35,7 millions de tonnes en février. Elle augmentera également de 11,7% à 2,5 millions de tonnes le volume de pétrole fourni à la Chine d’un mois sur l’autre.
Dans l’automobile, l’allemand Mercedes-Benz (ex-Daimler) a déclaré qu’il «examinait les options juridiques à sa disposition» afin de céder dès que possible sa participation de 15% dans le fabricant russe de poids lourds Kamaz, tandis que Daimler Truck, scindée de Daimler à l’automne dernier, a immédiatement gelé ses opérations en Russie, y compris sa coopération avec Kamaz. BMW va arrêter sa production locale et ses exportations vers la Russie. Le suédois Volvo Cars, filiale du groupe chinois Geely, va pour sa part suspendre ses livraisons au marché russe pour une durée indéterminée. Il a vendu l’an dernier environ 9.000 voitures dans ce pays.
Un enjeu important pour Renault
Fortement exposé à la Russie qui génère environ 8% de ses bénéfices,Renaultva simplement suspendre certaines activités dans son usine russe d’assemblage la semaine prochaine en raison de goulets d’étranglement logistiques. L’enjeu est d’autant plus grand que le groupe français est l’actionnaire majoritaire d’Avtovaz, premier constructeur automobile russe à travers la marque Lada.
Les initiatives prises par plusieurs compagnies de transport maritime contribueront, elles, à perturber la chaîne d’approvisionnement des entreprises russes. Le danois Maersk, premier armateur mondial, va cesser ses liaisons commerciales avec la Russie, en conservant simplement une desserte des ports russes pour des livraisons alimentaires, médicales et humanitaires. «Toutes les réservations de fret sont suspendues, tant pour le fret maritime que pour le transport terrestre», a souligné Maersk. MSC, basé à Genève, a pris une mesure similaire avec une entrée en vigueur immédiate. Son concurrent allemand Hapag-Lloyd a de son côté gelé son activité vers la Russie et l’Ukraine. Dans le transport postal, DHL, filiale de Deutsche Post, a arrêté «jusqu’à nouvel ordre» ses livraisons de colis vers et depuis la Russie.
Un transfert de production pour Nokian Tyre
Dans d’autres secteurs, le groupe d’ingénierie suédois Sandvik, qui a réalisé l’an dernier 3,5% de son chiffre d’affaires en Russie, a suspendu ses opérations commerciales dans ce pays où il compte 900 salariés. Le pneumaticien finlandais Nokian Tyre va «transférer certaines lignes de fabrication sur son marché domestique ainsi qu’aux Etats-Unis», alors que 80% de sa capacité annuelle de production est actuellement réalisée en Russie où il emploie près de 1.600 personnes. Dans les télécoms, le suédois Ericssonet le finlandais Nokiaont tous deux annoncé l’arrêt de leurs livraisons d’équipements aux opérateurs russes pour se conformer aux sanctions internationales.
L’aviation civile semble à ce stade assez peu affectée par les mesures prises à l’encontre de la Russie. Le groupe aéronautique européen Airbus a toutefois annoncé mercredi avoir suspendu plusieurs activités pour respecter les sanctions internationales contre la Russie. Dans une déclaration transmise aux médias, la société a indiqué avoir arrêté les services fournis par un centre d’ingénierie en Russie «en attendant un examen plus approfondi». L’ex-EADS a également suspendu les services d’assistance aux compagnies aériennes russes ainsi que la fourniture de pièces détachées dans le pays.
L’avionneur européen ne dispose dans son carnet que d’un nombre limité d’avions commandés par des compagnies russes : 14 gros-porteurs A350 pour Aeroflot. L’irlandais Aercap Holding, premier loueur mondial d’avions, va pour sa part interrompre toutes ses activités avec les compagnies russes, en précisant que ces activités représentent environ 5% de la valeur nette comptable de sa flotte.
Le week-end dernier, Air France et KLM, filiales du groupe de transport aérien Air France-KLM avaient, elles, décidé de suspendre le survol et la desserte de la Russie.
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