Les déboires judiciaires de Deutsche Bank éclipsent sa bonne performance de début d’année
Une coquette somme de 1,3 milliard d’euros. C’est ce que pourrait avoir à débourser Deutsche Bank si elle perdait, ne serait-ce que sur certains aspects, le litige qui l’oppose à d’anciens actionnaires de Postbank. En effet, une action en justice a été lancée de longue date par certains ex-actionnaires de Postbank qui estiment avoir été lésés lors du rachat finalisé en 2010.
Une somme importante qui pourrait amputer d’un cinquième le bénéfice avant impôt 2024 de Deutsche Bank. De plus, le timing est pour le moins défavorable à la banque allemande.
Mauvais timing
Jusqu’à ce week-end, la première banque allemande surfait sur une communication positive après avoir publié un bénéfice meilleur qu’attendu par les analystes lors des résultats trimestriels. Afficher un bénéfice trimestriel au plus haut depuis onze ans lui avait ainsi valu une réaction positive des marchés et un bond de 8% du cours de ses actions.
Mais l’annonce d’un provisionnement pouvant aller jusqu’à 1,3 milliard d’euros (soit le montant maximum de l’ensemble des réclamations, intérêt compris) et ses effets sur la profitabilité à venir, a eu tôt fait de refroidir les investisseurs. «Cette provision aura des conséquences sur la profitabilité et les résultats du reste de l’année 2024», a indiqué le prêteur allemand dans un communiqué. De quoi potentiellement affecter la promesse d’augmenter dividendes et rachats d’actions faite aux actionnaires.
Deutsche Bank a toutefois précisé que l’affaire n’aurait pas d’effet sur le plan stratégique à plus long terme. L’abaissement du ratio coûts/revenus à 62,5% et l’augmentation du rendement des capitaux sur fonds propres (RoE) à plus de 10%, tous deux prévus à horizon 2025, restent donc inchangés.
Il n’empêche, le mal est fait. Après l’annonce de ce développement, les analystes de RBC ont revu l’objectif de cours à la baisse malgré sa note de «surperformance». A l’ouverture des marchés lundi 29 avril, le titre perdait 5,5% et a poursuivi sa chute tout au long de la journée pour clôturer la séance à -8,6%. Une déconvenue que Deutsche Bank aurait préféré s'éviter.
A lire aussi : Deutsche Bank veut fermer 250 agences Postbank d’ici deux ans
Quatorze ans de procédure
L’affaire qui oppose le prêteur allemand aux anciens actionnaires de Postbank l’accusant d’avoir acheté à trop bas prix, est plus complexe qu’il n’y paraît. Et, bien que les dirigeants de Deutsche Bank se disent en profond désaccord avec la décision du tribunal de Cologne rendu vendredi 26 avril, la probabilité de perdre sur certains points juridiques est désormais bien réelle.
Le tribunal a en effet relevé, et pris en compte, un nouveau problème lié aux suites du rachat de Postbank. En septembre 2023, Deutsche Bank s’est fait sévèrement réprimander par la BaFin, l’autorité de surveillance financière allemande, concernant l’intégration bâclée des systèmes informatiques de Postbank et les conséquences désastreuses pour les clients. La banque allemande affirme que la plupart des problèmes ont été résolus et met en avant un préjudice financier subi de plus de 100 millions d’euros.
Les plaintes des anciens actionnaires Postbank courent depuis 14 ans. D’abord rejetées par le tribunal de Cologne en 2011 puis en 2012, les décisions ont ensuite été annulées par la Cour fédérale de justice d’Allemagne. Par la suite, Deutsche Bank fera appel de cette décision avec pour effet de donner lieu à une nouvelle série de poursuites. La saga judiciaire est sur le point de se terminer et Deutsche Bank pourrait bien perdre la dernière manche.
Plus d'articles du même thème
-
Revolut franchit une étape supplémentaire pour sa licence bancaire américaine
La fintech a obtenu une autorisation conditionnelle du bureau du contrôleur de la monnaie des Etats-Unis. Elle devra cependant obtenir encore plusieurs autorisations pour pouvoir lancer sa banque aux Etats-Unis en 2027. -
La Fed de Dallas tire la sonnette d'alarme sur les dépôts tokenisés
Selon la Fed de Dallas, les dépôts sur la blockchain pourraient être moins stables que les dépôts traditionnels et être plus sensibles aux taux. Dans le scénario envisagé, cela aurait un impact négatif sur le coût du crédit pour les consommateurs et les entreprises. -
Banques françaises : ce que le coefficient d'exploitation ne mesure pas
Dans cette tribune, Stéphane Marchal et Jérémy Gandiol, respectivement partner et senior manager chez Julhiet Sterwen, montrent que le coefficient d'exploitation des banques, mesurant leurs coûts rapportés aux revenus, ne peut être lu comme une mesure pure de l’efficacité opérationnelle.
ETF à la Une
Les ETF mondiaux continuent de faire le plein, l’or et le bitcoin accélèrent en août
- Generali France rejoint le club des assurbanques
- Qonto fait le ménage dans ses comptes clients en pleine demande de licence bancaire
- Swift accorde un répit aux banques sur les adresses structurées
- Le pétrole bondit de plus de 3% après l’attaque américaine contre l’île de Larak
- John Ternus relève le défi de s’imposer à la tête d’Apple
Contenu de nos partenaires
-
L'Etat débloque un milliard d'euros en urgence pour sauver l'agriculture française
Ce plan à court terme ne présume pas d'autres mesures pour permettre le « rebond » qui seront discutées dans le prochain projet de loi de Finances -
Seine ColèreEmmanuel Grégoire augmente déjà les impôts, et s’en vante dans les rues de Paris
Alors que la taxe foncière a flambé à Paris, Emmanuel Grégoire a choisi en plus de surtaxer lourdement les logements vacants, brandissant une statistique contestée en guise de justification -
100 000 suppressions de postes en cinq ans : le plan de restructuration historique de Volkswagen
Le géant allemand engage une cure d’austérité inédite pour contrer la concurrence chinoise et la crise européenne du secteur automobile. Il parie sur une profonde transformation industrielle et stratégique d’ici à 2030