Les déboires de BES pèsent dans les comptes du Crédit Agricole
Les aventures du Crédit Agricole en Europe du Sud lui auront coûté cher. Après la facture salée liée au grec Emporiki, cédé en 2012, le groupe mutualiste doit aujourd’hui supporter les conséquences des déboires de Banco Espirito Santo (BES), dont il détient 14,6% du capital.
L’énorme perte semestrielle de 3,6 milliards d’euros annoncée par l’établissement portugais le 30 juillet, ainsi que l’effondrement de son action en Bourse ont eu un impact de 708 millions d’euros sur les comptes du Crédit Agricole au deuxième trimestre. Cet élément exceptionnel explique en grande partie la plongée de 97,5% du résultat net de Crédit Agricole SA (CASA): la structure cotée du groupe (qui porte ses filières métiers, comme la gestion d’actifs, le financement spécialisé, l’assurance et la BFI, ainsi que ses participations) affiche un bénéfice symbolique de 17 millions d’euros, contre 682 millions un an plus tôt.
Plus précisément, le coût financier des mésaventures de BES est de deux natures: 502 millions au titre de la quote-part de perte mise en équivalence et 206 millions suite à la dépréciation du solde de la participation de CASA dans la banque portugaise. «BES n’a pas d’impact sur les ratios [de capital réglementaire] de Crédit Agricole SA, la moindre déduction des fonds propres de la valeur de la participation compensant son impact en résultat», indique le groupe dans son communiqué.
L’affaire pourrait prendre un tournant judiciaire. «Les problèmes qui affectent BES sont propres à ses actionnaires familiaux et se sont déroulés hors de tout processus de gouvernance de la banque, s’est défendu Jean-Paul Chifflet, directeur général de CASA. Nous nous associerons aux éventuelles poursuites lancées par les dirigeants actuels; en l’absence d’actions venant de la direction actuelle, nous étudierons la possibilité d’agir seuls.» Pour rappel, les pertes de BES sont la conséquence de provisions passées pour couvrir des prêts toxiques accordés à des sociétés appartenant à la famille Espirito Santo.
D’autres écritures comptables ont également pesé sur le résultat de l’établissement français. L’ajustement de la méthode de calcul des DVA, la réévaluation de la dette propre et la première application du FVA (Funding Value Adjustment) dans l’évaluation des dérivés n’ayant pas de collatéral lui ont coûté 278 millions d’euros au deuxième trimestre. Sans l’ensemble des éléments exceptionnels et non opérationnels, le bénéfice net de CASA aurait atteint 1,003 milliard d’euros –soit une progression de 47% en un an.
Les métiers enregistrent des performances contrastées. Les activités de banque de détail en France (LCL et contribution des caisses régionales du Crédit Agricole) ont souffert de la permanence des taux bas et de l’aplatissement de la courbe des taux, qui pèsent sur la marge d’intermédiation. En outre, le trimestre souffre d’un effet de comparaison défavorable par rapport à l’activité élevée du deuxième trimestre 2013. Le produit net bancaire de LCL recule de 2,6% (à 935 millions d’euros) et son résultat net de 9,7% (à 145 millions). La contribution des caisses régionales au bénéfice recule de 1,2% à 232 millions. En Italie, Cariparma, en revanche, confirme son redressement. Son résultat net bondit de 33% (à 41 millions).
A l’instar de ses homologues français, CA CIB –qui regroupe les activités de banque de financement et d’investissement (BFI)– a réalisé de bonnes performances au cours du trimestre. Son PNB progresse de 9% (à 1,1 milliard d’euros) et son résultat net de 35% (à 384 millions), retraités des écritures comptables précitées. Hors retraitement, le PNB recule de 6,6% et le résultat progresse de 4%.
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