Les créanciers subordonnés de BES sont exposés à un risque minime mais réel

Dans le scénario du pire, la banque raterait de peu les tests des superviseurs européens. La dette senior serait exclue d’un éventuel «bail in»
Alexandre Garabedian

Les créanciers subordonnés de Banco Espirito Santo devront-ils mettre la main à la poche? Alors que le gouvernement portugais a exclu ce week-end tout renflouement de la banque par le contribuable, l’incertitude régnant autour de la nébuleuse Espirito Santo fait plonger les titres du groupe. Hier, l’obligation lower tier 2 de BES à échéance 2023 s’échangeait autour de 72% du pair, contre 79% la veille et encore 108% fin juin, selon Markit. La courbe des contrats de protection contre un défaut s’est quant à elle inversée, le CDS 1 an traitant à 615 points de base, au-dessus du CDS 5 ans.

Rioforte, l’une des holdings du groupe, chercherait désormais à se placer sous la protection de la justice luxembourgeoise pour restructurer sa dette, rapportait hier après-midi le Wall Street Journal. La structure a émis 847 millions d’euros de billets de trésorerie échus le 15 juillet et souscrits par Portugal Telecom. BES, pour sa part, a une exposition de 224 millions d’euros à Rioforte, et a vendu à ses clients particuliers pour 388 millions de billets de trésorerie de cet émetteur, papier garanti par Espirito Santo Financial Group.

Les analystes font désormais tourner leurs modèles. Dans un scénario de faillite de l’ensemble des holdings du groupe, BES perdrait ses 1,18 milliard d’euros d’exposition directe connue à ce jour, et devrait rembourser à ses clients particuliers les 853 millions d’euros de billets vendus par les différentes entités du groupe à travers le réseau bancaire. En prenant comme hypothèse que la clientèle institutionnelle prendrait, elle, ses pertes sur 2 milliards d’euros de titres, le ratio common equity tier one en phase transitoire (phase in) tomberait à 9,12%, selon les analystes crédit d’Oddo.

Mais la revue des bilans effectuée par la BCE devrait conduire à des provisions supplémentaires sur les encours douteux, qu’Oddo évalue à 1,6 milliard. Le ratio phase-in passerait alors à 7,98%, juste en dessous du seuil de 8% fixé par les superviseurs européens. «Malgré les hypothèses assez sévères retenues, BES est près d’atteindre le minimum requis», note Oddo.

Si la banque rate les tests, elle aurait six mois pour lever des fonds propres durs, d’abord auprès du privé et, à défaut, avec de l’argent public. Une éventuelle mise en résolution, qui suivrait le régime portugais, pourrait mettre à contribution (bail in) la dette subordonnée, mais pas la dette senior.

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