Les bonus des banquiers d’affaires s’envolent
Deutsche Bank, qui publie ce jeudi les résultats de son quatrième trimestre 2021, pourrait bien donner la dynamique des rémunérations variables accordées par les banques européennes. La première banque allemande envisage une augmentation d’environ 15% de son enveloppe de bonus à destination de ses salariés, voire de plus de 20% dans la banque d’investissement, rapporte Bloomberg. Une augmentation qui fait écho aux récentes hausses enregistrées par les banques américaines : Morgan Stanley a gonflé de plus de 15% ses primes annuelles et de plus de 20% pour les meilleurs éléments des divisions de conseil en fusions et acquisitions et des actions, JPMorgan entre 30% et 40% et Goldman Sachs entre 40% et 50%, détaille l’agence de presse Reuters. Du côté de Bank of America, un rapport de Bloomberg planche sur une augmentation de plus de 40% des primes des banquiers d’affaires.
Guerre des talents
Cette dynamique s’explique par l’année exceptionnelle des fusions-acquisitions dans le monde avec5.200 milliards de dollars de transactions. «Les primes de la banque de fusion et d’acquisition s’envolent grâce à des revenus et à une activité de transaction record», décrit le cabinet américain de conseil en rémunération Johnson Associates dans son rapport sur les tendances pour la fin 2021.
Malgré la baisse des revenus attendue dans cette division pour le quatrième trimestre, Deutsche Bank ne déroge pas à la règle. Sa banque d’investissement a généré un bénéfice avant impôt de 3,4 milliards d’euros au cours des neuf premiers mois de 2021, soit près du double du montant atteint par les trois autres divisions opérationnelles du prêteur réunies. Les banques américaines ont quant à elles profité jusqu’au dernier trimestre de la vigueur de l’activité et ne font que confirmer la hausse annoncée des bonus dès l’été dernier.
L’inflation des bonus trouve aussi sa source dans la guerre des talents qui anime le milieu. «Notre philosophie reste de payer pour la performance, et nous nous engageons à récompenser les meilleurs talents dans un environnement de travail compétitif», a argumenté devant des analystes Denis Coleman, directeur financier de Goldman Sachs. Jamie Dimon, patron de JPMorgan, a aussi justifié cette politique au détriment des actionnaires : «Nous serons compétitifs et nous paierons et si cela réduit un peu la marge pour les actionnaires, qu’il en soit ainsi». Il a lui même touché 34,5 millions de dollars pour l’année 2021, juste derrière les 35 millions de dollars engrangés par son alter ego chez Morgan Stanley, James Gorman.
Coût
Cette inflation salariale a un coût conséquent pour les banques. En 2021, Goldman Sachs, Bank of America, Morgan Stanley, JPMorgan et Citi ont ainsi versé 142 milliards de dollars à leurs salariés. Dans cette course pour attirer les talents, certaines banques pourraient être désavantagées : Deutsche Bank, qui a déjà abandonné un objectif de coût global l’an dernier, voit ses marges de manœuvre réduites. Déjà, Jeremy Barnum, le directeur financier de JPMorgan, a prévenu : «de façon réaliste, les dépenses vont augmenter l’année prochaine». En particulier, l’inflation des salaires constitue «un élément de surveillance», abonde le dirigeant. JPMorgan a d’ailleurs été sanctionnée en Bourse la semaine dernière lors de l’annonce de ses résultats en raison de la hausse des coûts liée en partie à cette inflation salariale, et ce malgré un bénéfice trimestriel en hausse.
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