Les banques européennes butent sur un plafond de verre en Bourse
Les investisseurs ont parfois la mémoire courte, mais les mauvaises expériences marquent davantage que les bonnes. Si le secteur des banques européennes a rebondi de 40% en Bourse au dernier trimestre 2020, il a atteint un palier qu’il semble difficile de dépasser. Alors que les économistes rivalisent d’imagination pour qualifier la reprise économique, en V, en U ou encore en K, le secteur bancaire a, pour sa part, montré une reprise en forme de marche d’escalier, l’essentiel de la hausse ayant eu lieu au mois de novembre. Mais la montée est restée limitée dans le temps et le secteur s’est stabilisé à un niveau inférieur de 24% à celui qu’il présentait au début de l’année. En 2020, les banques européennes ont donc figuré parmi les moins bons paris des gérants d’actions, se disputant la place de dernier des secteurs avec celui de l’énergie.
Ni valeur de croissance, ni valeur de rendement. Une des caractéristiques du secteur bancaire est que, cette année du moins, les valeurs qui le composent ne sont ni des valeurs de croissance, ni des valeurs de rendement. Alors qu’elles étaient privées de versement de dividende l’année passée, la Banque centrale européenne (BCE) vient tout juste de leur permettre de rémunérer leurs actionnaires cette année, mais à un niveau inférieur à ce qu’elles espéraient. UBS, dans une étude publiée à la fin du mois de décembre, estime que le dividende moyen des banques européennes au titre de 2020 se situerait aux alentours de 2% – en prenant en compte les restrictions édictées par la BCE –, contre une prévision du courtier de 3,5%, avant l’intervention de la banque centrale.
Catalyseurs absents. Les perspectives de rendement ayant été rabotées, les investisseurs pourraient espérer un rebond du secteur lié aux fondamentaux. Mais les nouveaux confinements de l’hiver, et leur possible durcissement, pourraient grever l’activité des banques et plafonner leurs revenus. Par ailleurs, en Europe, une remontée des taux n’est toujours pas à l’ordre du jour. Les banques globales, tirant traditionnellement une partie de leurs revenus des crédits, ne devraient pas voir leurs marges d’intérêt croître à moyen terme. Enfin, si certaines structures ont engagé des baisses de coûts, celles-ci sont pour la plupart déjà intégrées dans les cours.
Pas encore de géant européen à opposer aux états-uniens
Consolidation circonscrite. Un autre catalyseur, pour les marchés financiers, pourrait provenir d’une consolidation du secteur. Les banques de taille plus réduite faisant office de cibles pour les plus grandes. Cependant, même si des mouvements ont eu lieu dans certains pays, comme en Espagne, avec la fusion entre CaixiaBank et Bankia, ou en Italie, avec le rapprochement d’Intesa Sanpaolo et d’UBI, les consolidations bancaires restent circonscrites aux opérations locales. Tant que l’Union bancaire n’avancera pas, les fusions transfrontalières se feront attendre. La naissance d’un géant européen capable de rivaliser avec les banques américaines n’est pas encore à l’ordre du jour. Par ailleurs, y compris au sein de mêmes pays, les rapprochements peuvent vite achopper, comme cela a été le cas pour BBVA et Sabadell. Sur cette opération, les divergences sur le prix ont eu raison des logiques industrielles.
Coût du risque. Le cours toujours bas des banques européennes montre que les gérants considèrent que le risque sur le secteur demeure asymétrique. Alors qu’elles ne présentent pas de relais de croissance tangible, les risques qu’elles supportent devraient augmenter. Les mesures gouvernementales des différents pays européens ont décalé les faillites d’entreprises, et les moratoires mis en place arrivent à échéance. Le coût du risque est donc attendu en hausse pour les banques dans les prochains mois, ce qui devrait grever leurs résultats.
Valorisation à la casse. Finalement, l’argument qui revient chez les – rares – investisseurs qui surpondèrent le secteur reste celui de la valorisation. «Les valorisations des banques sont aussi basses que lors de crises systémiques, comme la crise de la zone euro de 2012», indique Alexandre Hezez, directeur de la gestion financière de Richelieu Gestion, stratégiste et allocataire du groupe, dans un entretien à L’Agefi Hebdo à paraître jeudi 7 janvier. Cependant, même avec une capitalisation qui peut rester inférieure à la moitié des fonds propres, comme c’est le cas pour BNP Paribas, certains investisseurs continuent de penser que les banques européennes restent des «value traps», de fausses bonnes affaires. En conséquence, ils s’attendent à ce que ce soit les valeurs de bilan qui finissent par diminuer pour rejoindre la valeur boursière et non pas l’inverse.
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