Les banques et assurances se mobilisent contre les violences économiques au sein du couple

Face à l’emprise financière subie par près d’un quart des Françaises, les réseaux mutualistes déploient en urgence des forfaits gratuits et des cellules d'écoute dédiées.
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  • 28 % des femmes en couple ne possèdent pas de compte bancaire personnel, selon une étude de l’Ifop et du Crédit Mutuel Alliance Fédérale de 2025.
  • Le groupe BPCE prévoit de généraliser d’ici 2027 un compte bancaire personnel gratuit avec autorisation de découvert.
  • Le Crédit Mutuel propose quant à lui un pack d’urgence ainsi qu’un accès à une messagerie sécurisée pour les victimes.

23% des femmes ont déjà subi des violences économiques de la part de leur conjoint, selon une étude de l’Ifop et du Crédit Mutuel Alliance Fédérale de 2025. Revenus moindres, temps de travail partiel, perte de la gestion des finances… Les victimes se retrouvent dans des situations de dépendance financière. Le sondage révèle qu’en France 28% des femmes en couple ne possèdent pas de compte bancaire personnel.

«Nous devons permettre aux personnes qui ont été victimes de violence économique de reprendre le contrôle de leur vie», a expliqué Agnès Bénassy-Quéré, sous-gouverneure de la Banque de France, en ouverture d’une matinée de conférences le 2 novembre, au sein de la banque centrale.

Attention particulière lors des appels

Ce message s’adresse tout particulièrement aux institutions financières, premiers interlocuteurs des victimes. «Après les périodes de confinement liées au Covid, nous avons appelé nos sociétaires pour leur demander comment ils allaient. Nous avons remarqué une hausse des violences conjugales et notamment économiques», a expliqué Odile Ezerzer, directrice finance épargne à la Macif.

La plateforme de la Macif «Solidarité Coups Durs» prend en charge ces problématiques. «La première étape consiste à faire de la détection lors des appels confidentiels. Quand une sociétaire appelle et se rend compte avec l’aide du conseiller que son ex-compagnon a résilié l’assurance habitation, l’assurance multirisque des enfants, sans rien dire, c’est à nous d’aider à la prise de conscience», ajoute-t-elle.

Le droit au compte même avec un compte joint ouvert

Les banques ont également un rôle clé à jouer lorsque les victimes viennent les voir. «Il est essentiel, lorsque l’on met en place des outils d’aide, de prendre contact avec les associations locales et les forces de police, ainsi que de dédier une cellule bancaire de collaborateurs formés pour accueillir les paroles et trouver les mots pour conseiller», a expliqué Fabrice Labarrière, secrétaire général du pôle banque de proximité et assurance chez le groupe BPCE.

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La banque mutualiste a déployé dans certaines caisses une solution comprenant un compte bancaire personnel entièrement gratuit pendant les deux premières années ainsi que la possibilité d’une autorisation de découvert de 300 euros. En 2027, ce dispositif sera déployé dans l’ensemble des Caisses d'épargne et certaines Banques populaires.

«De notre côté, nous avons mis au point un forfait bancaire ‘solidarité urgence’, qui propose une carte bancaire, avec un accès à la banque à distance, un crédit à taux 0 et une protection juridique avec Arkéa Assurance», a souligné Nicolas Bodilis-Reguer, directeur de l’action institutionnelle, des marchés et des études à la Confédération nationale du Crédit Mutuel. Depuis la loi Rixain de 2021, la détention d’un compte joint ne fait pas obstacle à une demande de droit au compte.

Hébergement et messagerie

Les banques sortent aussi de leur métier traditionnel. Le Crédit Mutuel a un partenariat avec l’association TI3RS, première application dédiée à la communication dans un contexte de violences. Les clientes de Crédit Mutuel peuvent ainsi disposer d’une messagerie sécurisée, qui filtre les messages violents, permet de choisir des horaires de communication et de constituer des dossiers de preuves exportables pour leurs démarches juridiques.

De son côté, BPCE mise sur la problématique du logement. La Caisse d’Epargne CEPAC a lancé quatre projets d’hébergement à Marseille, Aix-en-Provence et Digne-les-Bains. Avec les bailleurs sociaux et les associations spécialisées, ces structures accueilleront jusqu’à 211 femmes et enfants par an d’ici 2030.

Equilibre entre sécurité et prévention

Difficile parfois de faire la promotion de ces outils, tout en permettant une confidentialité et une discrétion. «Nous ne pouvons pas avoir ces dispositifs en une du site, mais il faut que les clientes sachent où aller et vers qui se tourner. C’est là que les numéros d’appels des associations peuvent être déterminants», ajoute Fabrice Labarrière.

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Autre difficulté : le statut de victime. La violence économique n’est pas inscrite dans le code pénal. Qui sont les banques pour juger la situation d’une cliente et à quel moment enclencher un dispositif d’urgence ? Tous les établissements n’ont pas la même politique. «Nous avons choisi de ne pas dépendre d’un dépôt de plainte et de faire confiance par défaut aux clientes qui nous sollicitent», déclare Fabrice Labarrière du côté de BPCE.«Nous faisons le choix de passer par les associations, notamment Femmes Solidarité, qui agit en interlocuteur de confiance», précise Nicolas Bodilis-Reguer.

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