Les assureurs brisent l’union sacrée sur les dividendes
L’Eiopa ne fait pas le poids. Après son appel à la suppression des dividendes des assureurs jeudi soir, l’autorité européenne du secteur a été démentie par le régulateur allemand dès vendredi matin. «La BaFin n’envisage pas actuellement une interdiction générale des distributions pour les compagnies d’assurance et les fonds de pension», explique l’Autorité fédérale de surveillance financière (BaFin), qui privilégie une approche au cas par cas. Un blanc-seing pour Allianz, le premier assureur européen avec une capitalisation boursière de 62 milliards d’euros. Le groupe allemand, qui s’estime «en bonne forme», a décidé de maintenir son dividende 2019 et son programme de rachat d’actions de 1,5 milliard d’euros.
Si la BaFin assure qu’elle privilégie un «dialogue» avec les compagnies et qu’il faudra «une raison convaincante si elles veulent verser des dividendes», l’Allemagne rompt avec le consensus apparu ces dernières semaines en Europe, face à l’ampleur de la crise sanitaire. A la fois du côté des banques, sous l’impulsion de la Banque centrale européenne (BCE), et du côté de la classe politique, à l’instar des restrictions imposées par Bercy aux entreprises aidées par l’Etat. En France, toutes les banques cotées ont annulé leur dividende ou mis en réserve leurs bénéfices, même BNP Paribas, pourtant très récalcitrant. En Allemagne, Commerzbank a elle aussi renoncé à son dividende, tandis que Deutsche Bank avait prévu de ne rien verser cette année.
Mise en garde de l’ACPR
Après l’annonce d’Allianz, Axa réserve sa position. Numéro deux européen, avec une valorisation boursière de 43 milliards d’euros, l’assureur français a annoncé vendredi après-midi le report de son assemblée générale (AG) annuelle du 30 avril au 30 juin, «en vue de favoriser le dialogue avec les autorités européenne, française et étrangères du secteur de l’assurance». Pour autant, Axa ne renonce pas à ce stade à rémunérer ses actionnaires au titre de 2019. «L’ordre du jour ainsi que les projets de résolutions soumis au vote des actionnaires», sont «inchangés depuis leur publication le 20 mars 2020», précise le communiqué de l’assureur.
Une heure avant, le régulateur français avait pourtant endossé l’appel de l’Eiopa. «Prenant en compte les incertitudes sur la durée et les conséquences de cette crise», l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) estime que «les fonds propres des organismes doivent, en cette période, être préservés et, lorsque c’est possible, renforcés». «Ainsi les organismes d’assurance doivent faire de cet objectif leur priorité, s’abstenir de proposer la distribution de dividendes, au moins jusqu’au 1er octobre 2020, et faire preuve de modération dans les politiques d’attribution de rémunération variable», explique l’autorité dans un communiqué. Malgré la solidité du secteur, elle pointe «la chute des marchés financiers, les difficultés rencontrées par leurs clients et, dans certaines branches, une forte dérive prévisible de la sinistralité».
Peu de renoncements
Ce contexte dégradé et la pression réglementaire ont déjà poussé deux assureurs français cotés à renoncer à leur dividende : CNP Assurances, contrôlé par un actionnaire public (La Banque Postale), et l’assureur-crédit Coface, en première ligne face aux difficultés des sociétés exportatrices. Comme Axa, le réassureur Scor a repoussé son AG et réserve sa décision. Quelle que soit l’option choisie, les compagnies ont fini dans le rouge vendredi à la Bourse de Paris. Axa a clôturé en baisse de 4,6%, Scor de 4,1% et CNP de 9,5%. Coface a limité la casse, à -1,1%.
Ailleurs en Europe, le secteur a également souffert en Bourse. Le régulateur néerlandais a apporté son plein soutien aux recommandations de l’Eiopa, qui sont aussi reprises sur le site de l’autorité italienne du secteur. Cette dernière avait récemment appelé les assureurs transalpins à la prudence pour la rémunération des actionnaires. La Banque d’Angleterre a adopté vendredi la même position mesurée. Comme leurs homologues de l’Union européenne (UE), les compagnies britanniques restent néanmoins soumises aux règles européennes éditées par l’Eiopa durant la période de transition du Brexit. Dans tous les pays, les renoncements au dividende restent à ce stade très peu nombreux (par exemple Unipol en Italie), mais plusieurs compagnies y réfléchissent, à l’instar de RSA et Direct Line outre-Manche.
En dehors de l’UE, la Finma suisse prône elle aussi une approche prudente, sans succès jusque-là. Swiss Life, Zurich Insurance et Swiss Re ont maintenu leur politique de distribution, comme UBS, la première banque du pays.
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