Les alternants ont toujours la cote
En perdition, les alternants ? Dans la banque et l’assurance, virus ou pas, ils sont plus que jamais les bienvenus. Selon une récente étude d’Atlas, opérateur de compétences (Opco) des services financiers et du conseil, la banque et les marchés financiers regroupent 21 % des 33.400 apprentis de son périmètre (derrière le numérique, 23 %). Ce qui représente plus de 7.100 jeunes, un chiffre en croissance de 2 % par an depuis 2013. L’assurance et l’assistance en accueillent 7 % (soit près de 2.300), les intermédiaires en assurance, 4 %.
« Fin juin, nous envisagions une baisse de 20 % des contrats en alternance, raconte Mathieu Carrier, directeur ingénierie et innovation de l’Opco. Mais à la rentrée, nous avons atteint 38.500 contrats d’apprentissage, pour un objectif de 30.000 avant la crise sanitaire. Pour l’ensemble des contrats en alternance (incluant la professionnalisation), nous en sommes à 47.800, en avance par rapport à notre objectif annuel qui était de 52.000 avant la crise. »
Une bonne surprise pour l’Ecole supérieure de la banque (ESBanque) – issue de la fusion, en juillet dernier, du CFPB (Centre de formation de la profession bancaire) et des 14 CFA banques (Centres de formation d’apprentis des banques) –, très axée sur la banque de détail et les profils commerciaux (4.000 alternants formés par an). « Aussi paradoxal que cela puisse paraître compte tenu de la situation dans d’autres secteurs, nos établissements bancaires ont maintenu leur prévisionnel établi à l’automne 2019, constate Catherine Jovenel, directrice de l’alternance. Le flux entrant est de 3.000 alternants pour cette rentrée, comme chaque année. »
Faut-il y voir un effet de l’aide exceptionnelle accordée par le gouvernement aux employeurs recrutant un apprenti ou un alternant en contrat de professionnalisation ? Non négligeable, son montant est de 8.000 euros pour un majeur recruté entre le 1er juillet 2020 et le 28 février 2021 – sous conditions dans le cas des entreprises de plus de 250 salariés. « Nous ne pouvons pas nier qu’il y a un réel effet d’aubaine », estime Mathieu Carrier. Mais pas seulement. Outre les actions directement menées par Atlas, « la profession bancaire recourt à l’alternance depuis les années 1990 et il s’agit vraiment pour elle d’un outil de prérecrutement », insiste Catherine Jovenel.
Il n’était pas question, pour La Banque Postale, de déroger à ses habitudes. Près de 1.300 alternants bancaires seront donc accueillis en 2020 : 1.200 dans le réseau et les centres financiers, une centaine au siège. Un volume « en légère augmentation par rapport à l’année dernière, remarque Gwenaelle Perrot, responsable de l’alternance au sein de l’Ecole de la banque et du réseau (en charge de la formation des postiers). Le groupe La Poste accueille historiquement le plus gransd nombre d’alternants en France – 4.800 en 2019. C’est à la fois un vivier pour nos recrutements et une démarche citoyenne en faveur de l’employabilité des jeunes. »
Politique similaire chez LCL, où les engagements pris au printemps ont bien été maintenus pour la rentrée. Cette année encore, la banque affichera un volume global de 600 alternants, dont certains déjà présents l’an dernier. Autant de candidats potentiels formés aux métiers de conseillers clientèle particuliers (à Bac+3), de conseillers spécialisés (à Bac+5) ou aux métiers supports, au premier rang desquels l’informatique.
Communication digitale
« Chez Axa France, l’alternance a progressé de 20 % ces trois dernières années, explique Amélie Vincent, responsable recrutement et formation d’Axa France. Nous en sommes à 700 nouveaux alternants par an, dont 200 profils commerciaux qui préparent un certificat de qualification professionnelle (CQP) et 500 profils assuranciels et fonctions transverses visant un niveau master (à 80 %) ou un BTS. » Avec, précise-t-elle, un taux de recrutement de l’ordre de 15 % à l’issue des formations visées, qui grimpe ensuite jusqu’à 30 %-50 % à trois-cinq ans.
Et la crise sanitaire n’a pas chamboulé les plans de l’assureur. « Nous avons la conviction qu’il faut préparer l’avenir, même si nous nous sommes posé beaucoup de questions sur la façon dont nous allions accompagner nos alternants », reconnaît Amélie Vincent. La campagne de recrutement s’est faite en trois temps, avec l’ouverture de 400 postes pendant le confinement, puis 50 en juin et autant en septembre. Le tout soutenu par une communication en mode digital et auprès des écoles. Avec un certain succès. « Nous avons récolté plus de 25.000 candidatures. Ce qui est énorme car, habituellement, les jeunes ne pensent pas spontanément à l’assurance. »
Du recrutement des candidats jusqu’à l’organisation du tutorat, l’alternance « sous Covid » réclame tout de même quelques adaptations RH : onboarding essentiellement distanciel – sauf à La Banque Postale qui, pour l’instant, maintient une formation de 12 jours en présentiel pour les postes de chargés de clientèle et conseillers bancaires ; adoption des gestes barrières pour les alternants en agence (lire le Témoignage), coordination des rythmes de l’alternance, différents selon les formations, avec une organisation du travail en partie à distance... « Faire découvrir les codes de l’entreprise dans ces conditions n’est pas facile », admet Amélie Vincent.
Mais cette période de crise est aussi propice au renforcement de certaines compétences, estiment les responsables RH : flexibilité organisationnelle, autonomie, maîtrise des outils digitaux. Des alternants qui apprendront aussi, pointe Thierry Boissier, directeur du développement humain chez LCL, « à maintenir la proximité relationnelle à distance avec les clients par tous les moyens mis à leur disposition ».
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