Les alternants, chouchous des banques
Nommé directeur régional Hauts-de-Seine en janvier 2018, Cédric Hurault, 40 ans, a commencé sa carrière chez LCL via l’alternance. Il a en effet rejoint le Crédit Lyonnais en 1999 pour y décrocher en apprentissage un DUT Techniques de commercialisation puis une maîtrise en Sciences de gestion, avec une spécialisation sur le marché des professionnels. « C’est après quatre années d’alternance que j’ai été embauché en CDI comme conseiller professionnel dans un centre d’affaires du 15e arrondissement de Paris », se souvient-il.
Des parcours comme celui de ce jeune directeur commencent à être monnaie courante dans les organigrammes des banques. « Si on ne retrouve pas encore d’anciens alternants parmi nos cadres dirigeants, c’est parce qu’ils ont commencé leur carrière à une époque où cette filière n’était pas encore développée dans les grandes écoles. On sent toutefois monter dans le management intermédiaire une génération de managers qui est entrée chez nous via ce canal, et certains d’entre eux exerceront demain des responsabilités importantes », prédit Valérie Goutard, responsable du recrutement des jeunes à la DRH du groupe Société Générale. L’émergence de ces managers passés par l’alternance illustre le poids pris ces dernières années par le dispositif dans les politiques de recrutement. Le groupe Société Générale a par exemple embauché 2.000 alternants en France en 2018, comme en 2019. « Et l’attractivité de cette filière est forte puisque pour ces 2.000 postes, nous recevons en moyenne plus de 40.000 candidatures », confie Valérie Goutard. Des alternants que l’on retrouve le plus souvent dans la banque de détail. « Nous utilisons en priorité ce vivier pour nommer dans nos agences de proximité des jeunes en licence banque aux postes de conseillers clientèle particuliers, les profils master 1 et 2 banque finance ou finance d’entreprise étant privilégiés pour les postes de conseillers clientèle professionnels ou privés », précise Thierry Boissier, directeur du développement humain de LCL. Les autres métiers ne sont pas en reste. « Aujourd’hui, au sein des services centraux, il y a des alternants à la salle des marchés, au marketing, à la DRH, au juridique, à l’informatique… », énumère Morgane Jain, responsable recherche de talents et transformation du recrutement du groupe Arkea.
Plusieurs raisons expliquent cette stratégie des recruteurs. « L’alternance permet de former des jeunes collaborateurs et de les évaluer pendant un ou deux ans, rappelle Béatrice Le Terrec, DRH de BNP Paribas Leasing Solutions. A la fin de leur formation, ils connaissent l’entreprise, sa culture, ses processus… Ils sont donc plus faciles à intégrer et se révèlent aussi plus complets et engagés que les nouvelles recrues qui arrivent en ayant simplement suivi un cursus théorique. » Grâce à toutes ses vertus, ce canal s’est imposé comme une source de pré-recrutement privilégiée. Les DRH réservent même un traitement de faveur à leurs anciens alternants au moment de leur embauche en CDI. « Pour le premier salaire, nous leur donnons toujours un peu plus qu’à un candidat qui a décroché le même diplôme via la formation continue afin de récompenser leur engagement envers LCL, souligne Thierry Boissier. Leur ancienneté est également prise en compte. »
Un pied dans le monde du travail
Côté jeunes, c’est aussi un plébiscite. En apprentissage depuis le mois de septembre au sein du département communication interne de la Société Générale, Teoni Calaça, 24 ans, se sent déjà parfaitement intégré. « Je participe à toutes les réunions d’équipe où l’on me pousse à intervenir, à proposer de nouvelles idées… Mon tuteur me confie déjà des tâches opérationnelles puisque j’organise et diffuse la ‘newsletter’ interne », souligne ce Brésilo-Portugais venu en France pour y décrocher le master 2 Communication d’entreprise de Neoma. Business analyst junior au sein de l’équipe secrétariat général et support business de BNP Paribas Solutions, Sujani Nithyananthan partage le même ressenti. « Alterner trois semaines en entreprise et une semaine à l’école me donne vraiment l’impression de ne plus être qu’une simple étudiante. Et le fait de mettre un pied dans le monde du travail vous rend aussi mature plus rapidement », assure la jeune femme de 21 ans, qui suit en parallèle les cours du master 1 Finance et contrôle de gestion de l’EMLV. Avec le recul, Fabien Meudec, 27 ans, chef de projet produits structurés chez Federal Finance, la société de gestion du groupe Arkea, garde un excellent souvenir de l’année passée en 2016 en alternance au sein du service communication. « Cette période a été très exigeante sur le plan mental et physique entre les cours à Rennes et mon travail à Brest, raconte ce diplômé du master en Management du marketing, communication et stratégie digitale de l’Ecofac Business School de Rennes. Mais, finalement, cette année charnière m’a permis d’assurer en douceur la transition entre la fin de mon cursus académique et l’accès au monde professionnel puisque j’ai été recruté d’abord en CDD trois mois après la fin de mon alternance, puis en CDI. » Cédric Hurault est, lui, persuadé que l’alternance a contribué à accélérer sa carrière. « Mon employabilité a démarré en 1999, pas en 2003. C’est sans doute ce qui m’a permis d’être nommé directeur de centre d’affaires dès 2006, après avoir occupé un seul poste de conseiller professionnels. » Il est d’ailleurs convaincu que la voie de l’alternance continuera de le servir. « Je sens encore qu’aujourd’hui, dans mes entretiens RH, cet engagement et cette forme de reconnaissance pour l’entreprise constituent toujours un élément différenciant qui pourrait m’aider à atteindre mon prochain objectif : accéder à un poste de dirigeant. »
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