Les acteurs de la finance se jugent encore mal outillés dans la lutte antiblanchiment
Les scandales Danske Bank ou Swedbank le montrent, les banques ont encore du chemin à faire pour se montrer irréprochables en matière de lutte antiblanchiment et contre le financement du terrorisme (LCB/FT). Les intéressées sont les premières à le reconnaître, selon une étude mondiale publiée par Duff & Phelps le 29 mai. Des 183 décideurs de la finance (DG, directeur financier…) interrogés par le cabinet, 30% estiment qu’au moins l’un des éléments de leur dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux est peu ou pas efficace.
Ces éléments sont, entre autres, l’évaluation du risque de blanchiment, la collecte et l’analyse de données, la production et le suivi de rapports en cas de suspicion d’activité frauduleuse, et l’audit interne. Ce dernier constitue d’ailleurs la partie du programme de lutte contre l’argent sale dans laquelle les banques s’estiment vraiment mal outillées : 15% des répondants jugent leur audit interne du risque LCB/FT peu efficace, et 9% pas du tout. Un comble, vu l’importance de cette fonction pour le dispositif de lutte.
Importance des lanceurs d’alerte
Ces failles dans le contrôle a posteriori expliquent peut-être l’importance donnée aux lanceurs d’alerte : 73% des répondants reconnaissent à ces derniers un rôle crucial, et 86% estiment que de tels dispositifs doivent être rendus obligatoires. Mais là encore, il y a loin de la coupe aux lèvres. Encore 27% n’ont pas mis en place de système de lanceurs d’alerte, et chez ceux qui l’ont fait, un petit tiers jugent qu’au moins l’un des éléments du dispositif est défaillant.
Mais l’étude de Duff & Phelps fait aussi ressortir un besoin criant d’harmonisation au niveau des régulateurs et des gouvernements. On sait que les scandales de blanchiment en Europe ont été largement favorisés par la myopie des superviseurs nationaux et par l’absence d’une autorité européenne dédiée – BCE, EBA…, le débat reste ouvert. «Lorsqu’on leur demande comment améliorer le plus possible le cadre mondial de lutte contre le blanchiment de capitaux, les répondants ont tendance non pas à se concentrer sur des budgets plus importants ou une meilleure exécution des opérationnels en première ligne, mais sur une meilleure coordination entre juridictions et au sein de chacune d’entre elles», souligne Duff & Phelps.
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