L’argent sale, fléau de l’Europe
Il y avait bien quelque chose de pourri au royaume du Danemark. Habitué à figurer au tableau d’honneur des capitales les plus vertueuses dans la lutte anti-corruption, Copenhague tombe de son piédestal au fil des révélations de l’affaire Danske Bank (lire Horizons page 10). L’énorme scandale de blanchiment d’argent qui frappe la première banque du pays ne fait pas qu’écorner la réputation d’un bon élève de la classe : il renvoie tout un continent à ses tragiques carences.
Rien qu’en 2018, une petite dizaine de banques européennes ont été mises à l’index pour de coupables négligences dans ce domaine. Si le blanchiment d’argent sale n’est pas l’apanage de l’Europe, ses établissements financiers se voient frappés d’infamie plus souvent qu’à leur tour. Le mal est profond et ancien. Sa proximité géographique avec l’ex-bloc soviétique et la présence des Etats baltes font du Vieux Continent le réceptacle naturel des flux douteux arrivant de Russie ou d’Asie centrale. Partout, les nations se livrent à la concurrence fiscale et multiplient les dispositifs destinés à faciliter l’investissement sur leur sol de fortunes étrangères, à l’image des sociétés écrans britanniques et des « golden visas » dont le Portugal ou Malte sont prodigues.
Les responsables politiques peuvent faire mine aujourd’hui de découvrir l’ampleur du problème, ils ont largement contribué à son enracinement et sciemment ignoré toutes les alertes. La crise chypriote avait mis au jour l’hypertrophie d’un secteur financier abreuvé d’argent russe ; son assainissement, aux dépens des gros épargnants, n’a fait que déplacer les flux vers des cieux plus cléments. La dépendance des banques lettones aux dépôts des non-résidents alimentait les réticences des membres de la zone euro ; Riga n’en a pas moins adopté la monnaie unique, et quatre ans plus tard, le troisième prêteur du pays se faisait expulser du système international de paiement en dollars pour violation des embargos américains.
Il est temps pour l’Europe de se mettre au niveau d’une cause tout aussi vitale pour ses établissements de crédit que leur solvabilité et leur liquidité. Elle a commencé à le faire en adoptant une nouvelle directive contre l’argent sale. Elle doit aussi se doter d’une supervision unique aux vrais pouvoirs de sanction dans la lutte anti-blanchiment, aujourd’hui laissée aux mains de gendarmes nationaux parfois mal équipés et peu regardants. Il en va, en définitive, de sa souveraineté économique. Qu’elle vacille dans sa tâche, et les Etats-Unis se chargeront une fois encore de la rappeler à ses devoirs en mettant lourdement ses banques à l’amende. Les dirigeants européens se plaignent du caractère extraterritorial des règles américaines ? Il ne tient qu’à eux de cesser de prêter le flanc à cette arme redoutable.
A nos lecteurs
L’Agefi Hebdo ne paraîtra pas pendant les fêtes.
Nous nous retrouverons le jeudi 10
Bonnes fêtes de fin d’année à tous.
Plus d'articles du même thème
-
Les lignes bougent dans les projets éoliens aux Etats-Unis
Alors qu’un tribunal fédéral a ordonné à l’administration Trump de lever le gel afférent à l’examen de parcs terrestres, RWE se désengage à son tour de l’éolien en mer dans ce pays. -
Londres dévoile sa base de données consolidée sur les actions
La Financial Conduct Authority a publié le 31 juillet une consultation sur son projet de «consolidated tape», destiné à accroître la transparence et l'attractivité du marché des actions britanniques. -
Les défauts publicitaires des sociétés de gestion sont détectés par l’IA en Espagne
L'intelligence artificielle, utilisée par le régulateur espagnol, a permis de détecter des irrégularités chez dix sociétés de gestion.
ETF à la Une
Fineco AM lance trois ETF Ucits avec Amundi
- Boeing obtient enfin un précieux sésame sur le 737 Max
- BPCE profite du jackpot de la marge nette d'intérêt
- L’intervention conjointe pour soutenir le yen révèle un risque majeur
- Prétendant de MPS, Banco BPM devient sa cible, le Crédit Agricole reste au centre du jeu
- Bercy exige des banques un meilleur accompagnement des emprunteurs en difficulté
Contenu de nos partenaires
-
Affaire Lyhanna : l'audit recense des enquêtes sur les violences sexuelles sur mineurs « perdues » dans toute la France
Des procédures introuvables, des milliers de dossiers non signalés aux parquets et des enquêteurs débordés ou insuffisamment formés : un état des lieux réalisé après la mort de Lyhanna révèle de graves défaillances dans le traitement des violences sexuelles sur mineurs -
Ruptures« La France à +4 degrés, c’est la plaine du Maroc »
Marc-André Selosse, biologiste et professeur au Museum d'histoire naturelle, explique comment la sécheresse, et plus largement le changement climatique, affecte la biodiversité et le risque que la raréfaction de ressources naturelles fait peser sur nos sociétés -
Crise migratoire à Ceuta : l’Espagne riposte à l’Italie en imposant à son tour des contrôles aux frontières
Madrid va rétablir dès ce samedi des contrôles dans ses ports et aéroports pour les voyageurs en provenance d’Italie. Cette mesure de rétorsion intervient après le refus de Rome de lever les restrictions imposées à l’Espagne dans le sillage de la crise migratoire à Ceuta