Délaissé depuis la crise de 2008, le Livret d’épargne populaire effectue un retour en grâce depuis deux ans, poussé par le gouvernement. Pour les banques, la facture pourrait gonfler de 1,4 milliard d’euros en deux ans.
La revanche du petit livret. Paradoxalement moins populaire que son grand frère, le Livret A, aux 406 milliards d’euros d’encours, le Livret d’épargne populaire (LEP) connaît un vrai retour en grâce depuis début 2022.
Pendant plus de dix ans, le Livret d’épargne populaire a vu ses encours chuter chaque année (voir graphique), en raison de la crise financière, de la baisse des taux, mais aussi de conditions d’accès plus complexes que celles du Livret A. Ouvrir un LEP auprès de sa banque nécessite d’être éligible à ce produit – il ne faut pas gagner plus de 21.393 euros pour une part de quotient familial, ou 55.677 euros pour quatre parts – et, jusqu’en 2020, il fallait en faire la preuve avec un avis d’imposition. Si bien que, sur les 18,6 millions de personnes éligibles selon la Banque de France, seules 6,9 millions en détenaient un en 2021.
Mais, depuis 2022, la tendance s’inverse. Largement poussé par le gouvernement, qui a joint les actes à la parole en relevant son plafond de 7.700 à 10.000 euros au 1er octobre dernier et en maintenant son taux à un niveau attrayant, le Livret d’épargne populaire convainc de plus en plus d’épargnants. Les comptes ouverts s’élevaient à 10,1 millions en août dernier et les encours ont bondi de 20,6 milliards d’euros en moins de deux ans, pour atteindre 59 milliards d’euros, un record depuis 2009. Et la dynamique pourrait se poursuivre : le gouvernement vise 12,5 millions de LEP d’ici à l’été 2024.
1,6 milliard d’euros en 2023
Une évolution qui doit réjouir Bercy, mais qui ne fait pas vraiment les affaires des banques. Pénalisées par la hausse du taux du Livret A, puis soulagées de le voir stabilisé à 3% cet été, elles ne voient sans doute pas d’un très bon œil la flambée de la collecte sur un produit qui rapporte 6% par an et dont elles hébergent 50% des encours.
En retenant un encours moyen de 56 milliards d’euros sur l’ensemble de 2023 et un taux moyen de 5,93%, le coût associé aux LEP pour les banques françaises atteindrait en effet 1,66 milliard d’euros cette année. Soit 1,46 milliard d’euros de plus qu’en 2021, avec un encours moyen de 39 milliards et un taux de 1% à l’époque.
La pression devrait néanmoins se relâcher l’an prochain. Même si les encours du Livret d’épargne populaire devaient continuer à progresser au cours des prochains mois, les banques profiteront a priori d’une baisse du taux du LEP, qui est entièrement lié à l’inflation et pourrait ainsi tomber entre 4% et 4,5% début 2024, compte tenu de la récente évolution des prix.
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