Le report de l’appel au marché de Monte Paschi relance les spéculations
Le report d’au moins trois mois de l’augmentation de capital de Monte dei Paschi di Siena (MPS) a désarçonné les investisseurs: réservé à la baisse à l’ouverture, le titre de la banque italienne a chuté de 6,4% dans la matinée, pour se redresser de +3,29% et terminer la séance en hausse de 1,39%, à 0,175 euro. MPS a besoin de 3 milliards d’euros de fonds propres pour rembourser les aides publiques et éviter la nationalisation, conformément aux exigences de la Commission européenne.
Le report de l’opération au plus tôt en mai est compréhensible du point de vue de l’actionnaire majoritaire de MPS, la Fondazione Monte Paschi, qui détient 33,5% de son capital. L’opération, que les dirigeants de MPS souhaitaient eux réaliser dès le mois de janvier grâce à l’accord trouvé avec un syndicat bancaire, promettait une forte dilution. Endettée, la fondation a besoin de temps pour réaliser l’opération au meilleur prix. Le report pourrait également être mis à profit pour trouver d’autres solutions, comme des cessions d’actifs.
Mais le report fragilise la direction en place, qui s’opposait à l’actionnaire de référence, et relance les craintes d’une nationalisation – même si un porte-parole du ministère des finances a indiqué que le gouvernement ne souhaitait pas nationaliser MPS, sa priorité étant le remboursement des obligations émises par l’établissement. «L’avenir de la banque est plus incertain, puisque [la décision du 28 décembre] rend la recapitalisation plus risquée», écrit Anna Maria Benassi, analyste chez Kepler Cheuvreux, dans une note reprise par Bloomberg. «Toutefois, ajoute-t-elle, le report de l’augmentation de capital signifie aussi que les investisseurs ayant des positions courtes sur le titre vont avoir besoin de plus d’argent pour les financer; certains pourraient décider de fermer ces positions». Un mouvement technique qui pourrait expliquer le rebond du titre hier.
Rien n’indique que MPS serait en mesure de retrouver autant de banques, aussi influentes, qui acceptent de prendre le risque de souscription – le syndicat composé en prévision d’une émission au cours du premier trimestre comptait parmi ses membres UBS, Goldman Sachs et Citigroup. «Les deux points de vue sont compréhensibles, mais seule la réaction du marché dans les semaines à venir montrera qui avait raison», explique à Bloomberg Nicola Trivelli, directeur général du gestionnaire Sella Gestioni.
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Paris - Alors qu’il fourbit ses armes en vue de la présidentielle, Edouard Philippe fait désormais l’objet d’une enquête menée par un juge d’instruction pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d’intérêt et concussion au Havre, ville dont il est maire. Une lanceuse d’alerte avait dénoncé ces faits présumés en septembre 2023 auprès du Parquet national financier (PNF) qui a ouvert une enquête et mené des perquisitions en avril 2024. Puis elle avait déposé une plainte en juin 2025 avec constitution de partie civile. Sollicité par l’AFP, le PNF a indiqué avoir pris un réquisitoire introductif le 7 mai, procédure qui permet de saisir un juge d’instruction et de lui désigner un périmètre d’enquête. La lanceuse d’alerte, «Judith» (prénom modifié), «se félicite de l’ouverture d’une information judiciaire sur les faits qu’elle dénonce et attend avec impatience d'être entendue par le juge d’instruction», a réagi auprès de l’AFP son avocat Jérôme Karsenti. Les faits sont contestés depuis le début par l’ex-Premier ministre et actuel maire Horizons du Havre, dans les starting blocks pour la présidentielle. Edouard Philippe «prend acte de l’ouverture d’une information judiciaire. Il l’apprend par la presse. Et il répondra bien évidemment à toutes les questions que posera la justice comme il l’a toujours fait de façon très sereine», a réagi auprès de l’AFP son entourage dans la Communauté urbaine Le Havre Seine Métropole. Contacté par l’AFP, son avocat Emmanuel Marsigny n’a pas souhaité faire de commentaire. Contrat pas renouvelé Etaient également visées par la plainte Stéphanie de Bazelaire, adjointe chargée de l’innovation et du numérique, ainsi que Claire-Sophie Tasias, directrice générale des services de la communauté urbaine havraise. La plainte consultée par l’AFP estimait que le juge d’instruction devait «apprécier si un pacte a été conclu entre M. Edouard Philippe et Mme de Bazelaire, caractérisé notamment par un soutien politique, financier et relationnel en contrepartie de la gestion de la Cité numérique», un tiers-lieu d’innovation. Après ses alertes, la haute fonctionnaire s'était plainte d’avoir été écartée et harcelée moralement. Son contrat n’a pas été renouvelé. Les soupçons portent sur une convention d’objectifs pluriannuelle pour l’animation de la Cité numérique du Havre, signée en juillet 2020 notamment par Edouard Philippe, président de la communauté urbaine, et Stéphanie de Bazelaire, en tant cette fois que présidente bénévole de l’association LH French Tech. LH French Tech, créée en juillet 2020, a été désignée pour cette mission après un appel à manifestation d’intérêt lancé par la communauté urbaine en mars 2020 et dans le cadre d’un service d’intérêt économique général (SIEG). L’association, seule candidate, devait toucher 2,154 millions d’euros de compensation de service public pour mener des projets. Le conflit d’intérêts «semble absolument évident», a considéré à l'époque la lanceuse d’alerte, directrice générale adjointe à la communauté urbaine de septembre 2020 à avril 2023. «Opacité» «C’est le maire et son adjointe» qui, en tant que présidente de l’association, allaient «avoir la main sur des sommes considérables» pour «des activités qui peuvent concerner ses fonctions à la ville», soulignait-elle. Sur le moment, elle s'était étonnée qu’Edouard Philippe, conseiller d’Etat, n’ait pas suspecté d’irrégularités. Elle assure avoir découvert plus tard que les services juridiques avaient alerté en vain sur un possible favoritisme. Cette haute fonctionnaire avait obtenu le statut de lanceuse d’alerte en janvier 2025, contesté par Edouard Philippe. A la communauté urbaine, la Cité numérique fut «tout de suite» désignée à la lanceuse d’alerte «comme un dossier principal», relatait-elle. Mais «dès les premiers mois», elle a constaté «une opacité dans la gestion de l’association» et ne comprenait pas son activité. Elle racontait qu’on lui avait fourni «des réponses très vagues sur les dépenses, la trajectoire financière», lui reprochant «des velléités d’ingérence». Fin 2021, obtenant finalement des chiffres, elle affirmait découvrir le «très faible niveau d’activité» de la Cité numérique mais surtout «la masse salariale» composée «de jeunes salariés» qui faisaient «un peu tout» pour «des salaires bruts au-delà de 60 voire 70.000" euros. L’association sera placée en liquidation judiciaire en 2023. Philippe GRELARD et Céline CORNU © Agence France-Presse