Le rebond des valeurs bancaires reste fragile
La rotation a été rapide. Le secteur des banques européennes reste toujours celui présentant les performances boursières les moins bonnes depuis le début de l’année, avec une hausse de seulement 4%. Mais depuis quelques mois, il surpasse presque tous les autres. Depuis son point bas du mois d’août dernier, il a pris 17,7%, deuxième derrière le secteur automobile et ses 23,25% de hausse. Plutôt que la conséquence d’amélioration notable de la situation des banques, cette hausse demeure, selon certains analystes, surtout liée à une rotation sectorielle qui a laissé de côté les valeurs de croissance pour se diriger vers les valeurs cycliques décotées.
Même si cet attrait pour le secteur ne pourrait être que momentané, certains appellent de leurs vœux une remontée durable des cours. Le directeur général d’UniCredit, Jean-Pierre Mustier, considère par exemple que la consolidation du secteur bancaire en Europe n’est possible que si la valorisation de ces sociétés progresse. «Nous préférons racheter nos actions plutôt que d’effectuer de grandes transactions transfrontalières», a-t-il assuré avant-hier à la télévision Bloomberg. En parallèle à ces déclarations, Sergio Ermotti, directeur général d’UBS,touche le cœur du problème, lorsqu’il souligne à Reuters que «dans les prochaines années, la consolidation du secteur bancaire jouera un rôle essentiel en Europe. La question pour le système bancaire suisse et européen n’est pas ‘trop grand pour échouer (to big to fail)’, mais ‘trop petit pour survivre’» (lire par ailleurs). En clair, sans consolidation, pas d’avenir pour le secteur bancaire européen, mais sans banques fortes et mieux valorisées, pas de consolidation.
Ces déclarations pourraient bien ne rester qu’au stade d’incantations. Certes, les résultats des banques européennes ont, dans de nombreux cas, surpassé le consensus des analystes, mais ces bonnes nouvelles sont à relativiser. Dans sa dernière note sur le secteur bancaire européen, UBS souligne d’ailleurs qu’une des raisons de ces surprises à la hausse était une «revue à la baisse significative des prévisions avant les résultats». Et c’estparfois seulement dans les activités de banque de financement et d’investissement que les structures ont réussi à surprendre positivement, car elles restent par ailleurs pénalisées par la faiblesse des taux qui diminue leurs marges d’intérêt. Pour se renforcer, les banques essaient non seulement de réduire leurs coûts en se livrant à des suppressions de postes parfois massives, mais aussi à se diversifier vers des activités rémunératrices comme la gestion de fortune ou l’assurance.
Rendement du dividende bien supérieur à celui du marché
Il y a tout de même une logique à la bonne performance du secteur. Johannes Müller, responsable de la recherche macro de DWS, soulignait le mois dernier dans une note que, «la performance du secteur bancaire par rapport à l’ensemble du marché est presque parallèle à celle des obligations d'État allemandes à 10 ans (Bund)». Or, depuis le mois d’août, le taux du Bund a sensiblement remonté, passant de -0,72% à -0,29%. Traditionnellement, les investisseurs ont tendance à se replier vers les banques lorsque les taux montent ou lorsqu’ils anticipent une remontée. Et si les gérants ne sont pas tous d’accord sur la pérennité de la tendance de hausse des taux longs européens, la majorité s’accorde à dire que le mouvement observé actuellement est justifié.
Ensuite, les banques offrent aujourd’hui un rendement du dividende bien supérieur à celui du marché. Morningstar estime ainsi qu’il sera de 5,4% en 2019 contre 3,8% pour le marché. Il n’est pas étonnant alors que les investisseurs portés sur le rendement se renforcent sur le secteur. Par ailleurs, même après les bonnes performances observées, les banques conservent des ratios de prix sur bénéfices très inférieurs à la moyenne. Selon les données Bloomberg, le PE actuel de l’indice Stoxx 600 du secteur bancaire reste à 11,3, contre 20 pour le Stoxx Europe 600 dans son ensemble.
Enfin, certains professionnels pensent que la BCE pourrait jouer un rôle dans le soutien des valeurs bancaires. David Benamou, associé gérant et directeur des investissements chez Axiom AI, estime «qu’il est possible que la Banque centrale européenne adopte une attitude moins défavorable aux banques, ce qui n’était pas le cas auparavant. Par exemple, le mécanisme de ‘tiering’, qui permet de compenser en partie les taux de dépôts négatifs de la BCE, est la première disposition prise par l’institution véritablement profitable au secteur dans son ensemble. Même les opérations de refinancement (TLTRO) prises à partir de 2014 avaient comme objectif de soutenir l’économie, mais pas simplement le secteur bancaire».
Il n’est cependant pas certain que la tendance observée actuellement profite longtemps à la totalité du secteur. C’est en l’occurrence ce que relève UBS, qui considère que «s’il existe de grandes franchises domestiques fortement sous-évaluées, le secteur reste vulnérable à un repli (…), comme l’année dernière».
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