Le Crédit Mutuel paie son tribut à la lutte contre l’inflation
En plein débat sur le pouvoir d’achat, le Crédit Mutuel Alliance Fédérale veut être «au rendez-vous» pour ses clients «touchés par la hausse des prix», se plaît à souligner son président Nicolas Théry. De fait, le groupe bancaire, qui rassemble 14 fédérations du Crédit Mutuel hormis les Bretons d’Arkéa, se démarque par les gestes de solidarité envers sa clientèle. Le dernier en date : le basculement au 1er août de sa clientèle fragile vers une offre à 1 euro net par mois sans aucun frais d’incident.
Quant à la demande de crédit, la banque estime avoir été au rendez-vous. L’encours de crédits à l’habitat progresse notamment de 9,5% à 248 milliards d’euros, et ce malgré la réglementation sur le taux d’usure qui a bridé l’accès au crédit de certains ménages. « Nous avons régulièrement des dossiers qui ne passent pas, plutôt des clients âgés de 45 à 50 ans qui se trouvent obligés de reporter leurs projets d’investissement. Cela est parfois injuste et nous préoccupe », reconnaît son directeur général Daniel Baal.
Un semestre record
Jusqu’ici, le Crédit Mutuel Alliance Fédérale a maintenu ses marges d’intérêt sur le crédit et même bénéficié d’un surcroît d’activité grâce à l’intégration au 1er janvier dernier de la fédération Nord Europe. Ce changement de périmètre lui permet de signer un semestre record avec une progression de 7,5% de son produit net bancaire (PNB) à 8 milliards d’euros et un bénéfice net en hausse de 2,2%, à 2,1 milliards d’euros. Sans tenir compte de cet effet de périmètre, son PNB progresse de 1,8% au premier semestre et son bénéfice est quasi-stable.
L’activité de banque de détail, cœur de métier du groupe, a vu son revenu progresser de 16,6% en incluant la fédération Nord Europe et de 7,4% à périmètre constant. Un dynamisme commercial qui pourrait toutefois s’essouffler au second semestre. Dans un contexte de remontée des taux, le Crédit Mutuel Alliance Fédérale n’anticipe pas de dégradation du coût du risque mais s’attend tout de même à « une progression moins importante des crédits à l’habitat ».
Un Livret A qui coûte cher
Surtout, le groupe mutualiste, assis sur un encours sur Livret A de 32,6 milliards d’euros, devrait être tributaire d’un « effet de ciseau défavorable » en raison du relèvement annoncé du taux sur le produit d’épargne réglementée au 1er août. La hausse des taux sur les crédits, limitée en partie par le taux d’usure mais aussi par une volonté de ne pas matraquer ses clients, «ne permettra pas de compenser la hausse du coût de la ressource», explique Daniel Baal.
Sur la base des projections actuelles d’inflation, le Crédit Mutuel Alliance Fédérale s’est livré à un calcul : la meilleure rémunération du Livret A lui coûtera 300 millions d’euros en 2022 et 570 millions d’euros en 2023, soit près de 900 millions d’euros «injectés en faveur du pouvoir d’achat», souligne Nicolas Théry. Alors que la finance fait office de bouc-émissaire facile en temps de crise, en témoignent les débats sur la taxation des «superprofits», le Crédit Mutuel considère donc qu’il fait sa part du travail. D’ailleurs, rappelle-t-il, ses conseillers ont mené plus de 100 000 rendez-vous afin d’accompagner leurs clients en situation de fragilité financière entre mai et juillet.
Un LEP non prioritaire
L’occasion de promouvoir le Livret d’épargne populaire (LEP), comme le souhaite le gouverneur de la Banque de France Villeroy de Galhau ? A l’instar de La Banque Postale, le Crédit Mutuel Alliance Fédérale s’est montré actif dans sa promotion lorsque cela se justifiait : 95.988 LEP ont été ouverts au cours des six derniers mois dans son réseau, contre 33.675 sur la même période un an plus tôt.
Nicolas Théry considère toutefois que l’urgence se situe ailleurs. «La priorité, ce sont les personnes en zones rurales, très consommatrices de carburant, qui sont aujourd’hui en difficulté. Une étude du Conseil d’analyse économique montre que l’épargne Covid n’est plus un sujet pour les couches populaires, il s’agit aujourd’hui de les aider à se maintenir à l’équilibre. 5% de nos clients consacrent 12% de leurs revenus au seul carburant et les deux tiers ont une capacité d’épargne quasi nulle à la fin du mois », martèle-t-il. François Villeroy de Galhau, qui a mis en avant la semaine dernière une question de «justice sociale», appréciera.
Plus d'articles du même thème
-
L’IA générative s’interpose de plus en plus entre la banque et ses clients
L’IA générative devient partie intégrante des prises de décisions des clients bancaires et les usages évoluent vite, bousculant les modèles d’affaires des banques de réseaux généralistes. Si elles n’intègrent pas rapidement des agents IA dans leurs parcours, ces derniers pourraient devenir de nouveaux concurrents. -
A son tour, Barclays annonce des suppressions d’emplois sous couvert d’IA
La banque britannique, pénalisée par le trading obligataire, publie des résultats trimestriels en demi-teinte. Elle annonce un nouveau programme de rachat d’actions à hauteur de 500 millions de livres sterling. -
Les banques françaises restent très dépendantes de leur marché domestique
Les groupes mutualistes, BPCE, le Crédit Agricole et le Crédit Mutuel, réalisent l’immense majorité de leurs revenus dans l’Hexagone. Les banques non mutualistes, BNP Paribas et la Société Générale, sont moins exposées mais la France demeure de loin leur premier marché alors que la situation du pays inquiète avec un taux souverain à dix ans qui vient de passer les 5%.
ETF à la Une
Amundi commercialise ses premiers ETF actions gérés activement
- Une panne de Google Cloud a paralysé Revolut et d'autres banques plusieurs heures
- La Société Générale rend 54 salariés de sa filiale titres à UniCredit en Italie
- Le diable se cache dans les détails, Safran l'apprend à ses dépens
- Banquiers et assureurs activent les mesures d’urgence post-mouvements sociaux
- Bred Banque Populaire rachète des activités d’Oddo BHF en Allemagne
Contenu de nos partenaires
-
« Plus jamais nous n’aurons de tyran » : comment les étudiants ont renversé le régime autoritaire en Serbie
Dimanche, un mouvement étudiant a remporté inédite les élections législatives en Serbie, parvenant ainsi à chasser le dirigeant nationaliste Aleksandar Vucic -
RévolutionJean-Pierre Grimaud : « La capitalisation ne sauvera pas la répartition, elle viendra la compléter »
Précis, le directeur général d’Ofi Invest croit désormais possible en France une « retraite collective obligatoire par capitalisation » -
IdentitésPrésidentielle : l'anomie et ses boucs émissaires
Dans Le Suicide (1897), Durkheim décrit une société où les désirs, faute de limites, deviennent insatiables, et où chacun souffre de ce qu'il appelle le « mal de l'infini »