L’inflation n’entame pas le comportement d’épargne des ménages
Après une hausse significative de l’épargne des Français dopée par la crise du Covid-19 au cours des deux dernières années, la situation serait en train de se «normaliser», pointe la Banque de France dans son rapport annuel sur l’épargne réglementée. L’épargne financière atteignait 319 milliards d’euros au premier trimestre 2022, dont 151 milliards d’euros de surplus. Une épargne de précaution constituée pendant la crise dans laquelle les Français « semblent ne pas piocher pour le moment » en dépit de l’inflation, analyse le gouverneur de la Banque de France Villeroy de Galhau.
Cette observation est partagée par les équipes de BPCE. Dans leur dernier Observatoire publié mardi, Alain Tourdjman et Eric Buffandeau, respectivement directeur et directeur adjoint des Etudes et Prospective du groupe BPCE, anticipent que le taux d’épargne restera à 16% en France en 2022, soit un niveau toujours supérieur aux 15,5% prévalant fin 2019 avant la crise du Covid. Cette épargne toujours importante s’expliquerait, selon ces experts, «par un besoin accru d’épargne pour acheter la même quantité de biens et par l’anticipation d’une hausse de la fiscalité». Ainsi, la sur-épargne accumulée en 2020 et 2021, « non seulement ne serait pas consommée (...) mais se prolongerait, certes à un rythme moindre, en 2022 », anticipent donc les économistes de BPCE.
Taux incitatif
Au premier trimestre de cette année, l’épargne réglementée (Livret A, LDDS, LEP, PEL) pèse toujours autant dans les dépôts bancaires des ménages français : elle représente 14%, soit 834 milliards d’euros à fin 2021. Une proportion inchangée depuis 2010, malgré le fait que la rémunération de ces produits reste en dessous du seuil psychologique incitatif. Les études montrent en effet que les particuliers estiment qu’il est intéressant de transférer leur épargne vers le Livret A lorsque son taux de rémunération dépasse 2,5% (voir graphique).
En raison du maintien d’une rémunération très avantageuse (4,5% en moyenne) sur les produits ouverts avant 2011, les PEL (Plans épargne logement) représentent toujours une part très importante de cette épargne réglementée : leurs encours atteignent 291,3 milliards d’euros. Une situation dénoncée par la Banque de France car elle « porte atteinte au financement de l’économie et à l’équité sociale ». L’institution se refuse, en revanche, à esquisser une solution qui « ne relève pas de son autorité » mais du domaine « juridique ».
Avec 324,3 milliards d’euros d’encours, le Livret A continue également de tenir la corde au détriment du Livret d’épargne populaire (LEP) dont les encours n’atteignent que 38,3 milliards d’euros, regrette la Banque de France. « Le Livret A est très concentré, à 55% sur les ménages disposant d’une forte épargne (au plafond de 19.125 euros). Le vrai produit d’épargne populaire est le LEP », pointe François Villeroy de Galhau.
L’autorité espère que la hausse du taux du rémunération du LEP au 1er août prochain, à 4,6%, contribuera au développement de ces placements dans une logique de « justice sociale ». François Villeroy de Galhau estime que 7 millions de Français éligibles au LEP n’en sont pas équipés aujourd’hui. « On pourrait doubler la pénétration du LEP », calcule-t-il.
Un partage des coûts «équilibré»
A condition que les banques jouent le jeu. Depuis le décret du 21 mars 2021, les conseillers bancaires peuvent interroger directement l’administration fiscale pour savoir si leurs clients sont éligibles au LEP. En février dernier, la Direction générale des finances publiques (DGFIP) s’est, par ailleurs, fendue d’un courriel informant tous les Français qui étaient éligibles au LEP à cette date. Un « changement de braquet » qui, combiné au relèvement du taux de rémunération au 1er février, a contribué à l’ouverture de 824.000 LEP entre janvier et mai 2022.
Avec la hausse du taux de rémunération en août, qui devrait être renouvelée en février 2023, « toutes les conditions sont réunies pour le développement du LEP », se félicite François Villeroy de Galhau qui note que « les banques ont déjà fait des efforts » pour le pousser auprès de leurs clients. Quant au coût supplémentaire que cela représente pour le secteur – L’Agefil’a évalué à 2,1 milliards d’euros en 2022 pour les livrets A, LDDS et LEP – François Villeroy de Galhau considère que le partage du financement du logement social entre les banques et la solidarité nationale est « équilibré ». « Ces produits ont été conçus pour cela », ajoute-t-il.
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