Le comptable nouvelle génération est arrivé !
Ils s’appellent Pennylane, SBA Compta, Dougs… Leur profession : experts-comptables en ligne. Leur particularité : une activité considérablement accrue par la crise. SBA Compta a levé 4,2 millions d’euros en début d’année et prépare déjà sa prochaine levée de fonds. Pennylane a déjà levé 20 millions depuis ses débuts en janvier 2020. Dougs, 90 salariés actuellement, annonce le doublement de son effectif d’ici à la fin de l’année.
Ces fintechs revendiquent de moderniser la fonction comptable grâce à leurs logiciels. Dougs a développé un outil d’automatisation comptable par synchronisation bancaire. « L’idée est d’enlever les tâches à faible valeur ajoutée pour se concentrer sur le conseil et l’accompagnement de nos clients », explique Guillaume Prunarety, directeur recrutement de l’entreprise basée à Lyon. Les habitudes prises depuis un an en matière de télétravail et visioconférence ont clairement profité aux équipes de Dougs, qui ne rencontrent jamais leurs clients physiquement. Pour autant, pas de cybercomptable en vue. Ces entreprises recrutent majoritairement… des comptables. Les trois fintechs comptent d’ailleurs parmi leurs dirigeants au moins un associé expert-comptable. Chez Pennylane, la solution logicielle connecte l’outil du comptable à celui de son client. « Aujourd’hui, quand le comptable fait son travail, cela ne met pas à jour l’Excel du dirigeant », illustre Arthur Waller, cofondateur, formé en économie et en économétrie, dont c’est la deuxième aventure entrepreneuriale après une première entreprise de yield management, vendue à Booking.com. Après un an de développement, la structure a commencé à vendre son outil aux cabinets comptables classiques. Les comptables de Pennylane, appelés « comptables augmentés », sont dédiés au service support de ces nouveaux utilisateurs. « Il n’y a pas de meilleur interlocuteur qu’un comptable pour parler à un autre comptable. Nous continuerons à en recruter cette année, avec une appétence pour le digital et un sens du service client », reprend Arthur Waller.
La particularité de ces purs acteurs de la comptabilité est aussi d’intégrer de nouveaux profils : développeurs informatiques, professionnels du commerce et du marketing. « Nous recrutons des profils avec une appétence pour l’entrepreneuriat, qui aiment le contact, le conseil, qui comprennent les implications du marketing. C’est une évolution culturelle, il y a très peu de marketing et de management dans les formations comptables », explique Mathilde le Gall, secrétaire générale de SBA Compta, elle-même diplômée d’une école de commerce avec une spécialité en audit et expertise comptable. L’entreprise, qui a démarré à Paris en 2013, revendique un positionnement et des tarifs comparables aux cabinets classiques. Les comptables gèrent leur portefeuille dédié de clients. Ici, ils sont appelés des business coachs. « Nous avons toujours voulu utiliser toutes les potentialités de la technologie pour tisser une relation de proximité avec les clients », explique François Mihelic, directeur général de l’entreprise, de formation ingénieur.
Transformation des métiers
La transformation digitale entamée il y a plusieurs années s’accélère aussi dans les grands réseaux. Comme chez KPMG, où l’expertise comptable pèse un tiers du chiffre d’affaires et compte 4.000 salariés. « Les technologies permettent au client d’accéder à sa ‘data’ en temps réel et nous permettent de travailler sur la qualité de vie au travail. L’activité est mieux répartie dans le mois, il y a moins de ‘stop and go’, de moments d’intense activité où les équipes doivent traiter et consolider toutes les données d’un seul coup pour respecter les délais déclaratifs réglementaires », témoigne Emmanuelle Bienne, DRH métier expertise comptable de KPMG. Le groupe a commencé à intégrer dans ses équipes de nouveaux profils de data analyst et issus d’écoles de commerce. Si le volume des tâches répétitives et chronophages se réduit inéluctablement, les salariés doivent évoluer. « Nous avons la responsabilité d’accompagner l’évolution de nos métiers. Certains collaborateurs renforceront le conseil au client tandis que d’autres évolueront sur des travaux techniques à plus forte valeur ajoutée, comme la révision ou la gestion des tableaux de bord », reprend Emmanuelle Bienne. Chez EY, qui compte 400 collaborateurs dans l’expertise comptable, l’évolution des métiers est aussi d’actualité. « Il y a d’importants enjeux de formation et d’accompagnement des équipes, ce n’est pas rien de passer de comptable à contrôleur », relève Jean-Baptiste Schoutteten, associé chez EY. Il souligne aussi que la proportion de recrutements de profils informatiques tend à augmenter dans ses équipes.
Une diversification des profils qui se retrouve aussi chez In Extenso, 5.000 salariés et 250 agences en France. « Nous intensifions nos recrutements de profils versés dans le numérique, capables de comprendre notre portail de relation client, de le vendre aux clients, de leur montrer l’intérêt d’automatiser certaines tâches », souligne Anaïs Bessis, DRH d’In Extenso. L’essor technologique de la comptabilité est aussi un atout pour séduire de jeunes générations. « L’analyse des ‘datas’ rend le métier plus intéressant pour des profils juniors, car elle permet d’aller au-delà de la comptabilité, de faire de l’analyse financière », remarque Laurence Ruiz, cofondatrice et associée d’Orbiss, un cabinet installé à New York. Un argument de plus pour l’expertise comptable, qui fait bien moins rêver que d’autres professions.
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