Le CIC chasse sur les terres du Crédit Mutuel Arkéa

La décision d’ouvrir une trentaine d’agences CIC Ouest en Bretagne témoigne des tensions entre les deux pôles du groupe mutualiste
Alexandre Garabedian

Ce n’est plus une lutte à fleurets mouchetés, mais à couteaux tirés. Le CM-CIC de Michel Lucas a décidé de chasser sur les terres des cousins du Crédit Mutuel Arkéa, basés à Brest. Le CIC Ouest, la nouvelle raison sociale du Crédit industriel et commercial dans la région depuis septembre 2010, a en effet décidé d’ouvrir une trentaine d’agences en Bretagne. En passant par sa filiale, le Crédit Mutuel Centre Est Europe contourne les statuts du groupe coopératif, qui interdisent d’ouvrir une caisse locale sur le territoire d’une autre fédération sans l’accord de cette dernière.

Le CMB et le CM-CIC sont certes déjà concurrents, mais pas aussi frontalement. Le rachat par le clan alsacien en 1998 du CIC avait mis le feu aux poudres, la banque étant présente dans le grand Ouest à travers le CIO (basé à Nantes) et la BRO (à Blois). Si la filiale du Crédit Mutuel compte des agences en Bretagne, son expansion y est restée à ce jour limitée. Sur le marché des entreprises, Arkéa et CM-CIC se concurrencent sous des marques quasiment identiques, la BCME d’un côté et la BECM de l’autre, au point que le groupe brestois envisage d’en changer le nom.

Jusqu’à présent, aucune de ces initiatives n’avait remis en cause l’hégémonie d’Arkéa sur ses terres bretonnes. «Michel Lucas ne prend pas cette décision pour rien. Il va engager une forte concurrence, ne serait-ce que pour embaucher les collaborateurs de ses 30 agences», craint une source interne. La portée de l’initiative dépasse d’ailleurs le cadre des guerres internes au Crédit Mutuel. Elle aurait ainsi déclenché l’alarme au sein du Crédit Agricole, l’autre poids lourd du secteur bancaire en Bretagne, dont la part de marché dans la région atteint 40% en incluant LCL.

Les relations entre Brest et Strasbourg, les deux pôles du Crédit Mutuel, sont de plus en plus tendues depuis le départ cet automne d’Etienne Pflimlin. Michel Lucas a succédé à ce dernier à la présidence de la Confédération du groupe, où sont représentées toutes les sensibilités de la famille mutualiste. Mais à la convention annuelle d’Arkéa, le 21 avril, le dirigeant a brillé par son absence. «C’est du jamais-vu. Le président de la Confédération faisait toujours le déplacement», notent plusieurs observateurs. La modification brutale des statuts de l’institution, en début d’année, avait déjà conduit Arkéa à fustiger la gouvernance du groupe (L’Agefi Quotidien du 4 mars).

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