L’avenir s’assombrit pour les banques européennes
De 1,1%, la baisse de revenus sur un an des 29 plus grandes banques européennes au premier trimestre 2020 est modeste au regard de la crise liée au coronavirus. «L’impact du virus ne s’est pas matérialisé dans les résultats du premier trimestre des banques européennes», rappelle Gwenhaël Le Boulay, directeur associé senior au BCG. De fait, sur la même période, la rentabilité des capitaux propres a plongé de 62%, grevée par les provisions destinées à faire face aux prêts non performants, 3,3 fois supérieures à leur niveau du premier trimestre 2019.
L’impact de la crise se lit aussi dans le bilan des banques. Les dépôts à vue ont augmenté de 7,6% depuis le début d’année pour les entreprises, tandis que les prêts à court et long terme accordés à ces dernières augmentent de 4,5% et 4,8% sur la période. Mais, avertit Gwenhaël Le Boulay, il «ne s’agit que de prêts destinés à offrir un coussin de liquidité aux entreprises, et non à financer des investissements de long terme. C’est, à mon sens, le pire type de prêts, réalisés dans une optique de court terme». La situation est globalement similaire du côté des particuliers, dont les dépôts à vue progressent de 4,4% depuis le début d’année. Les prêts à la consommation, en revanche, baissent de 3,1%.
L’évolution de la situation dépendra du contexte économique. Le BCG émet trois hypothèses : une reprise en V, rapide, une reprise plus lente, marquée par une incertitude persistante, ou bien une reprise en L, très lente et difficile. Mais, quel que soit le scénario retenu, l’avenir s’annonce compliqué. Par rapport à 2019, les revenus des banques européennes devraient ainsi plonger de 2 à 8% fin 2020. Et d’ici 2024, ces revenus devraient être de 5 à 20% inférieurs à leurs niveaux d’avant le coronavirus. «Dans un secteur où les coûts sont fixes, la moindre variation de revenus pèse lourd», rappelle Gwenhaël Le Boulay.
Inversion de tendance
Toutes les activités ne seront pas égales face aux difficultés qui se dessinent. «Les services bancaires aux entreprises étaient, jusqu’ici, des moteurs de croissance plus importants que la banque de détail, rappelle Oliver Dany, directeur associé senior au cabinet de Francfort du BCG. Dans les prochaines années, la tendance pourrait s’inverser». La hausse des prêts consentis aux entreprises, cette année, pèsera en effet sur les activités de corporate banking, dont plus de 50% des revenus proviennent des activités de financement. «Ces prêts qui ne financent pas de projet de développement vont peser sur les entreprises. Le désendettement des bilans fera chuter la demande de prêt, quand les emprunteurs ne feront simplement pas défaut, voire faillite», explique Oliver Dany. La demande de prêts, court et long terme confondus, qui devait atteindre 161 milliards de dollars en 2024, pourrait plonger à 127 milliards dans le pire des cas. Par ailleurs, avertit l’expert, «cela fait dix ans que les banques n’ont pas eu à faire face à une vague de défauts, et nous conseillons à nos clients de s’y préparer».
Du côté de la banque de détail la situation n’est pas non plus brillante, et, là encore, une hausse des prêts non performants est un risque à ne pas négliger. Mais, dans l’ensemble, les revenus devraient mieux tenir, grâce à la meilleure répartition de ces derniers entre différentes activités, dont certaines, comme l’investissement des ménages, ou le crédit hypothécaire, devraient bien résister à la crise.
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