La solidité de Banco Espirito Santo demeure incertaine face aux déboires de sa maison mère

La banque portugaise et ses clients sont exposés aux obligations émises par des holdings du groupe Espirito Santo, en difficulté financière
Amélie Laurin

Seule grande banque portugaise à avoir échappé à un sauvetage public en 2012, Banco Espirito Santo (BES) cristallise aujourd’hui les doutes sur sa solidité financière. Son cours de Bourse et son credit defaut swap (CDS), qui mesure le risque de défaut de sa dette senior, jouent aux montagnes russes depuis deux jours. Par contagion, le cours de Portugal Telecom a continué à dévisser hier. Le premier opérateur du pays a révélé détenir 897 millions d’euros d’obligations émises par Rioforte, une holding du groupe Espirito Santo… lui-même actionnaire à 10% de Portugal Telecom.

«Un vent de panique souffle autour du groupe Espirito Santo, notait hier Gabriella Serres, analyste crédit chez Aurel ETC pollak. Nous ne disposons pas encore d’informations sur la situation financière d’ESI [holding de tête luxembourgeoise de la famille Epirito Santo, ndlr] et sur les éventuelles conséquences qui pourraient pénaliser ESFG [la holding financière intermédiaire, ndlr]et BES.» Le prospectus de l’augmentation de capital d’un milliard d’euros, menée le mois dernier par BES, avait révélé des irrégularités comptables au sein de la holding luxembourgeoise, où le «trou» s'élèverait à 2,5 milliards d’euros selon la presse portugaise.

Lundi, BES a déclaré ne pas être exposé directement à ESI, mais il l’est à hauteur d’un milliard d’euros aux holdings intermédiaires ESFG et Rioforte. Des obligations émises par ESI et Rioforte ont également été vendues aux clients du groupe. Au 30 juin, les institutionnels détenaient 1,94 milliard d’euros de titres et les particuliers 651 millions d’euros, d’après la banque. ESFG a déjà passé une provision de 700 millions fin 2013 pour à parer de possibles pertes sur les billets de trésorerie émis par ESI et placés auprès des clients du réseau de BES.

Face à cet imbroglio, Moody’s a placé les notes de BES et ESFG sous surveillance négative, estimant que la première pourrait aider la deuxième en cas de difficulté, mais pour un montant limité. L’agence de notation «estime que BES est une banque systémique au Portugal et pourrait bénéficier de l’aide de l’Etat en cas de besoin (ce qui n’est pas le cas pour ESFG, la holding financière)», rappelle Gabriella Serres. Pour essayer de calmer les esprits, BES devrait faire des annonces sur sa réorganisation ces prochains jours, avant l’élection d’un nouveau patron à son assemblée générale du 31 juillet.

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