La Société Générale peine à convaincre
Il sera difficile pour la Société Générale de convaincre que 2010 sera l’année du «rebond». Car la nature des comptes 2009, avec une perte d’exploitation au quatrième trimestre, soulève des questions sur le modèle de développement de la banque. Les investisseurs ont durement sanctionné le titre, qui a chuté de 7,2% à 39 euros, révélant leurs doutes. Lors de son avertissement au marché du 13 janvier, la Société Générale indiquait qu’elle afficherait une situation «légèrement bénéficiaire» au dernier trimestre.
Le résultat net de la Société Générale atteint effectivement 221 millions d’euros (contre 87 millions un an plus tôt). Le consensus d’analystes relevé par Thomson Reuters anticipait 150 millions. Mais ce montant intègre une recette fiscale de 410 millions d’euros et 112 millions d’intérêts minoritaires. Avant impôt, la Générale enregistre donc une perte de 77 millions. «Et encore, cette perte ne reste minime qu’en raison de la plus-value de 732 millions provenant de la création d’Amundi, son joint-venture avec le Crédit Agricole dans la gestion», soulignent les analystes de CreditSights.
Depuis l’année dernière, la banque de La Défense consacre un tiers de ses fonds propres à SG CIB, sa banque de financement et d’investissement (BFI). «La BFI est officiellement redevenue un moteur de croissance pour le groupe », confirme Michel Pérétié, le responsable de l’activité. Elle affiche un produit net bancaire (PNB) de 6,9 milliards d’euros, soit 4,4 fois plus qu’en 2008. Elle est sortie du rouge, avec un bénéfice de 623 millions. Son profil de risque s’est également amélioré: la value at risk (VaR) de trading est passée de 70 millions à 30 millions d’euros. Le bilan de SG CIB a été réduit de 38% (à 531 milliards) entre juin 2007 et décembre 2009.
Seul problème, le marché n’est pas convaincu. Les comptes subissent en effet le poids des actifs à risques gérés en extinction. Ils ont coûté 2,8 milliards d’euros de PNB et 1,4 milliard en coût net du risque. Selon Didier Valet, le directeur financier, la banque devrait encore passer 700 millions d’euros en résultat sur les CDO de RMBS en 2010.
En outre, l’ampleur du recul des revenus dans le fixed income (taux, change et matières premières) a surpris. Selon les séries trimestrielles comptables, le PNB de ce métier a reculé de 73% sur le trimestre par rapport au précédent, à 255 millions d’euros. «La SocGen décroche du reste du marché, estime un analyste. La moyenne du secteur se situe pour l’instant entre 40 et 45%.» La banque explique ce recul notamment par une surexposition à la zone euro.
Les autres relais de croissance potentiels n’ont pas non plus provoqué l’enthousiasme. Le réseau France voit ses frais de gestion se dégrader au dernier trimestre (+2,9%). En outre, le coût net du risque du groupe est multiplié par 2,2 à 5,8 milliards d’euros. Toutes les divisions sont concernées : la banque de détail en France, les réseaux internationaux et les financements spécialisés.
«Le coût du risque absorbe la quasi-totalité du RBE ; en clair, l’opérationnel de la SG est à peine bénéficiaire. Exercice difficile donc pour [le groupe], qui va devoir rebondir en 2010 sous peine de se retrouver affaibli», estiment les analystes de Louis Capital Market. Comme BNP Paribas, la Société Générale s’attend cependant à un recul des provisions au deuxième semestre.
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