La réforme du Livret A pourrait coûter cher aux banques
Parmi les réformes financières que François Hollande a promises, celle du Livret A pourrait coûter cher aux banques. Entre 1 et 1,25 milliard d’euros par an, selon Roland Berger, qui a chiffré l’impact d’un doublement du plafond du Livret A et du Livret de développement durable. De quoi donner du grain à moudre aux banques dans leur lobbying auprès des pouvoirs publics, qu’elles ont rencontrés la semaine dernière.
Le cabinet de conseil a pris plusieurs hypothèses. Les porteurs de livrets aujourd’hui au plafond profiteraient du doublement pour accroître leur encours dans une fourchette de 33% à 50%. Cela engendrerait entre 40 et 60 milliards d’euros de transferts, sachant que 65% de cette ressource est ensuite centralisée à la Caisse des dépôts. Roland Berger considère que 80% de ces flux proviendraient de produits d’épargne de bilan (comptes sur livrets, dépôts à terme). Ce qui annihilerait les efforts réalisés en 2011 par les banques pour collecter cette épargne de bilan.
Le secteur devrait alors remplacer cette ressource de bilan en se finançant sur les marchés. Avec un coût moyen de 3% lors des dernières émissions obligataires, selon le cabinet, le surcoût de financement oscillerait entre 480 et 730 millions d’euros.
Les banques font face à un deuxième écueil: la baisse de la commission versée aux réseaux pour la collecte des fonds centralisés à la CDC. Si cette rémunération est abaissée de 0,5% à 0,3% de l’encours, comme l’a laissé entendre Cécile Duflot, la ministre du Logement, le manque à gagner atteindrait 380 millions sur l’encours existant, et 540 millions en tenant compte de l’effet «plafond doublé». Une perte de revenus qui se retrouve directement dans le résultat. Les Caisses d’Epargne et la Banque Postale seraient les plus touchées.
Reste à savoir si la réforme sera appliquée d’un coup, ou, comme le plaideront les banques, de manière progressive. «La question du timing de la réforme est centrale, car les déplacements d’épargne liés à l’attractivité de la rémunération du livret A et du LDD sont très rapides, explique Jérôme Barrué, partner chez Roland Berger. Si l’on considère que les besoins de financement sur le logement social augmenteront progressivement, le doublement du plafond pourrait être étalé dans le temps». Nul doute que le secteur bancaire militera aussi pour une baisse du taux de centralisation à la CDC, comme il l’avait fait en vain en 2008.
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