La recapitalisation directe des banques européennes bute sur les capacités du MES
Les grands argentiers de la zone euro se sont laissé jusqu’à juin pour trouver un accord sur la recapitalisation directe des banques en difficulté par les fonds européens. Mais les discussions entre Etats ne portent pas seulement sur le degré de partage du fardeau. La capacité financière et technique du Mécanisme européen de stabilité (MES) à assumer ce nouveau rôle, une fois la supervision bancaire unique réalisée en zone euro, soulève aussi des questions.
Doté d’un capital appelé de 32 milliards d’euros qui doit être porté à 48 milliards en avril puis à 80 milliards début 2014, le MES a été conçu pour pouvoir prêter jusqu’à 500 milliards aux Etats. Mettre en place un financement direct aux banques nécessite juridiquement de créer un nouvel instrument au sein du Mécanisme européen, ce qui ne se fera qu’à l’unanimité. Une prise de participation au capital d’une banque est surtout considérée plus risquée qu’une ligne de crédit accordée à un pays, et ampute davantage la capacité de prêt du fonds.
«Pour 10 milliards d’euros de recapitalisation bancaire directe, le MES perdrait l’équivalent de 20 à 30 milliards de capacité de prêt», souligne un proche des discussions. D’où l’idée, discutée lors du dernier Eurogroupe du 11 février, de fixer un plafond à ces aides aux banques afin de laisser au fonds une force de frappe suffisante à destination des Etats en difficulté.
Autre limite: le MES ne disposerait pas aujourd’hui des moyens humains nécessaires pour jouer ce rôle d’actionnaire. Pour assurer le suivi des prêts aux Etats, le FMI, la Commission européenne et la BCE sont en première ligne. «Mais si le MES prend le contrôle d’une banque, il lui faudra des équipes impliquées à plein temps dans la gestion de l’établissement. Il n’est pas outillé pour», estime la même source. De 30 collaborateurs il y a un an, l’effectif du fonds est passé à 80 aujourd’hui et devrait atteindre les 120 salariés fin 2013.
Pour l’heure, le MES a consacré 39,5 milliards d’euros à l’Espagne sous forme de titres de dette émis auprès du Frob, le fonds espagnol de recapitalisation des banques. Les aides à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal sont encore gérées par la Facilité européenne de stabilité financière (FESF). En revanche, si un accord est trouvé pour renflouer Chypre, le MES déboursera les fonds, ce qui pourrait l’amener à se refinancer sur le marché obligataire au second semestre.
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