
La fusion Société Générale-Crédit du Nord passe l’obstacle informatique

Le challenge était de taille : faire basculer une masse de données – 27.000 par client – en seulement 48 heures, du système d’information du Crédit du Nord vers celui de la nouvelle banque de détail SG. Au terme du week-end des 13 et 14 mai, l’ensemble des 2,5 millions de clients du Crédit du Nord a migré vers le nouveau système cible. Mi-mars, 400.000 clients des quatre banques pilotes, Tarneaud, Rhône Alpes, Nuger et Laydernier, représentant 20% du fonds de commerce du Crédit du Nord, avaient ouvert la voie en basculant vers le nouveau système.
Une bascule en deux temps soigneusement préparée par la Société Générale, depuis qu’elle a décidé la fusion de ses deux réseaux de banque de détail en 2021. Baptisé «Yoga», en référence à «la zen attitude nécessaire pour mener à bien un tel projet», s’amuse Bruno Delas, le chief operating officer du réseau SG, le programme informatique est la pierre angulaire de la fusion. Sans lui, point de réseau unique ni d’offre commune. «C’est le point de départ pour déployer les nouveaux modèles opérationnels et relationnels», rappelle Marie-Christine Ducholet, directrice du réseau SG en France.
Du jamais vu en France
Le chantier, qui a été étroitement surveillé par la direction de la banque, notamment l’ancien directeur général Frédéric Oudéa, mais aussi par le superviseur, l’ACPR, est colossal. «C’est la première fois qu’une banque française opère la fusion informatique de l’intégralité de deux réseaux nationaux», s’enorgueillit Bruno Delas, qui a précédemment œuvré sur les migrations informatiques opérées entre caisses au sein du réseau BPCE. «Les systèmes d’information se sont complexifiés depuis, avec les contraintes imposées par la réglementation, ce qui a fait considérablement augmenter le nombre de données à migrer par client», souligne Bruno Delas.
Au plus fort des bascules informatiques intervenues à la mi-mars et à la mi-mai, ce sont 2.000 collaborateurs des équipes IT sur le site de Val de Fontenay en région parisienne qui ont été mobilisés. Sur place, la banque avait organisé des services de restauration, organisé des temps de repos et de massages, prévu des services de taxis et des navettes pour les hôtels environnants. Car les collaborateurs ont travaillé jour et nuit pour que les services aux clients, interrompus le vendredi soir, soient à nouveau opérationnels le lundi matin à 6h. Les équipes de la Société Générale, appuyées par Capgemini pour coder les programmes nécessaires au rapprochement des données, se sont entraînées depuis l’automne dernier à raison de quatre répétitions en temps réel.
Les migrations ne sont que les derniers de ces travaux d’Hercule. Le chantier informatique a requis au total trente mois de travail, soit 4 millions d’heures. Contrairement aux fusions déjà opérées sur la place, la banque a choisi de ne pas simplement effectuer la bascule du système du Crédit du Nord vers celui de la Société Générale, mais de concevoir un nouveau système commun. Un défi supplémentaire. «Cela s’est imposé à nous dès le début de la réflexion puisque nous concevions une toute nouvelle banque de détail», explique Bruno Delas.
Un nouveau modèle
Le système d’information doit, en effet, tenir compte des spécificités de ce nouveau réseau SG et de son modèle opérationnel. «Il a fallu notamment rendre le système cible compatible avec des produits qui existent au sein du Crédit du Nord comme les fonds d’assurance-vie fournis par BNP Paribas Cardif», précise Bruno Delas. Le système a dû en outre être adapté à la nouvelle marque SG, dont le modèle est régionalisé, les agences conservant une identité locale aux côtés du logo rouge et noir de SG. Depuis la fin mai, la marque a ainsi commencé à être déployée et fait l’objet d’une campagne de communication.
Si la Société Générale se félicite d’avoir relevé ce premier défi, la fusion est encore loin d’être achevée. Un nouveau chantier s’ouvre, celui du rapprochement opérationnel des équipes sur le terrain et du déploiement de l’offre. Celui-ci devra s’étaler jusqu’en 2025. Le groupe prévoit notamment 3.700 suppressions de postes nettes au moyen de départs volontaires, tandis que de nouveaux postes seront créés, notamment de banquiers patrimoniaux. Le groupe a en effet engagé la création d’une nouvelle banque patrimoniale, dont l’offre sera co-construite avec sa banque privée SG 29 Haussmann à Paris, mais qui s’appuiera sur 1.000 conseillers dans le réseau SG.
A lire aussi: Société Générale-Crédit du Nord : le groupe crée une nouvelle banque patrimoniale
Héritant du modèle du Crédit du Nord, la clientèle professionnelle disposera également dans le réseau SG d’un conseiller unique pour tous ses besoins, professionnels et personnels. Jusqu’ici, ce n’était pas le cas dans les agences de la Société Générale. «Depuis la fusion informatique, les conseillers Crédit du Nord et Société Générale disposent des mêmes outils. Mais nous allons déployer le nouveau modèle relationnel progressivement jusqu’en 2025», précise Marie-Christine Ducholet.
Les fusions d’agences débutent
Le rapprochement opérationnel se fera aussi au rythme des regroupements d’agences que la Société Générale compte ramener au nombre de 1.450 en 2025. Un motif d’inquiétudes pour les salariés concernés par des mobilités, qui a d’ailleurs valu la création d’une prime de fusion inédite. Comme le dévoilait L’Agefi au printemps dernier, le groupe prévoit d’enclencher la première vague de regroupements cette année en fusionnant 157 agences, soit 30% des regroupements prévus. Au total, le groupe va procéder à 858 suppressions nettes de postes dans ses agences Société Générale et Crédit du Nord en 2023. La moitié des regroupements d’agences aura lieu en 2024 et les 20% restants en 2025.
Bien que la fusion ait impliqué un lourd et coûteux chantier informatique, le groupe assure qu’il va rentrer dans ses frais. «En trois ans, nous aurons remboursé l’investissement dans le programme», affirme Bruno Delas. Le système d’information unique ainsi que les regroupements d’agences doivent permettre au groupe d’économiser 450 millions d’euros par an dès 2025.
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