La croissance des banques européennes s’est essoufflée en 2025
En Europe, les revenus des banques ont progressé en 2025, mais les coûts aussi. A l’enthousiasme des groupes pour leurs performances 2025, qualifiées d’excellentes et parfois distinguées comme des records historiques, le cabinet Eurogroup Consulting, qui mène une revue des résultats de vingt-huit groupes européens, répond par une analyse prudente.
La croissance est là, mais elle ralentit, et les coûts ne sont pas autant contenus que chaque banque l’affirme. Les revenus totaux du panel ont augmenté sur un an de 4,7% à l’équivalent de 642 milliards d’euros, mais le résultat avant impôt, à 237 milliards d’euros, progresse de 2,5% seulement. «L’effet ciseaux entre la croissance des revenus et celle des coûts est toujours positif, mais largement réduit, passé de 4 % à 2% environ», ajoute Matthieu Prieuret, associé chez Eurogroup Consulting.
Au sud, les champions du coefficient d’exploitation
Malgré les programmes de réduction d’effectifs, l’automatisation et les investissements dans l’IA censément prometteurs, les coûts opérationnels entament les gains commerciaux. D’un établissement à l’autre, les écarts demeurent spectaculaires. Les coefficients des banques originaires du sud de l’Europe sont en deçà de 42% - avec un record à 38,5% pour UniCredit – alors que chez les françaises, le recordman Crédit Mutuel – à 55% - est le seul franchement en dessous de 60%.
Métier par métier, la banque de détail demeure une source de revenus importante des banques, mais elle est encore à la traîne, avec une croissance modeste, à 1,2% en moyenne sur un an, après un recul de 3% un an plus tôt. Les banques françaises ont connu une année en or, avec une forte hausse de la marge nette d’intérêt, mais c’est une spécificité liée aux taux fixes et au livret A. A l’échelle européenne, la croissance des marges freine et limite la contribution du crédit à la croissance. En 2025, c’est encore la banque de gros et en particulier le boom des activités de marchés qui portent la croissance avec des revenus en hausse de 4% entre 2024 et 2025, après une croissance de 6,6 % un an plus tôt.
Dans le panel de l’étude, Eurogroupe relève une césure avec une banque sur trois qui opte pour le rachat d’actions pour doper le retour aux actionnaires. «Les programmes de rachat d’actions, qui concernent huit des 24 banques du panel, apparaissent comme une stratégie en soi. Au total, 16 milliards d’euros de rachat d’actions ont été annoncés pour 2026» relève Matthieu Prieuret. «Celles qui font des rachats d’actions délivrent une performance à court terme, celles qui optent pour la croissance externe font preuve de davantage de confiance dans leur modèle» juge-t-il.
Pas de prime à la taille
Enfin, l’analyse des performances 2025 révèle la disparition de la prime à la taille, observée antérieurement. Les poids lourds européens, aux revenus supérieurs à 30 milliards d’euros, affichent un léger recul (-0,3 %) de leur produit net bancaire (PNB) tandis que les poids moyens - 20 à 30 milliards d’euros - progressent de 3,9 % et les plus légers des grands groupes, en deçà de 20 milliards, ont vu leur PNB augmenter de 6,8 %. Pour les banques européennes en 2026, l’enjeu n’est pas forcément de faire partie des grosses, mais d’avoir le modèle le plus résistant.
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