La comptabilité nationale mesure mal le secteur bancaire
Pour la comptabilité nationale la crise financière n’a pas vraiment existé. Bien sûr, le PIB n’ignore pas la récession de 2009 ou l’impact du credit crunch sur l’économie réelle ; mais un «trou noir» statistique apparaît quand il s’agit de peser le poids des marchés de capitaux dans la valeur ajoutée du pays, expliquent Jean-Marie Fournier de l’Insee et Denis Marionnet de la Banque de France dans une analyse comparée du PNB (produit net bancaire) et de la valeur ajoutée produits par le secteur bancaire en France.
Dans les années 80 et 90, le calcul de la valeur ajoutée des banques ne posait pas de problème particulier. Mais avec la transformation des bilans bancaires plus orientés vers les activités de marchés, la part «titres» est devenue primordiale. Or les activités de marché, ce sont aussi des flux d’intérêts, des dividendes, des plus ou moins-values sur actifs, tout un ensemble qui ne participe pas à la production au sens du PIB. «Ce sont précisément ces derniers éléments qui sont à l’origine aussi bien du fort dynamisme des résultats bancaires jusqu’en 2006 que de leur fort repli en 2008», notent les auteurs. Et qui sont ignorés par la comptabilité nationale.
Aujourd’hui, valeur ajoutée et produits nets bancaires divergent donc quand ils veulent retracer une seule et même réalité. D’ailleurs, le poids des banques dans le PIB était de 2,7 % en 2008, un niveau bien éloigné de l’influence du secteur sur l’économie et l’emploi. L’étude ouvre la voie à une conclusion polémique. Soit le cadre de la comptabilité nationale a mal vieilli et il faut le revoir. Soit les marchés financiers ne créent pas de valeur (au sens de la comptabilité nationale) et se contentent de capter la richesse produite dans l'économie réelle.
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