La bancassurance embauche
L’année dernière, Société Générale Insurance a recruté 450 nouveaux collaborateurs en CDI en France, sur un effectif total de près de 2 000 personnes. Depuis 2015, l’entreprise a vu ses effectifs progresser de près de 10 % chaque année. Pour les trois prochains exercices, le rythme des recrutements ne devrait pas faiblir… Même tendance du côté de BNP Paribas Cardif qui a embauché 215 nouveaux collaborateurs en 2017. « Cette année, nous allons encore intensifier le mouvement puisque 260 nouvelles arrivées sont programmées, avec une volonté affichée d’attirer des jeunes talents puisque la moitié de nos nouvelles recrues auront moins de 30 ans », précise Anne Congy, responsable des Ressources Humaines de BNP Paribas Cardif France qui emploie 2.900 collaborateurs.
C’est sur le cœur de métier, les gestionnaires d’assurance, les responsables réclamations, ou les chargés de clientèle sur les plateaux téléphoniques, que portent le gros des recrutements. Sur un marché qui est redevenu plus calme après deux années de tension. « En 2016 et 2017, tous les assureurs ont dû constituer des cellules dédiées à la recherche d’éventuels bénéficiaires aux contrats d’assurance-vie en déshérence pour se mettre en conformité avec la loi Eckert, confie Patrice Truglas, directeur du Système d’Information et des Ressources Humaines de Prépar-Vie, la filiale assurance de la Bred Banque Populaire, qui a, elle aussi, vu ses effectifs progresser de 10 % en 2017. Ce travail de recherche étant aujourd’hui quasiment à jour chez la plupart des acteurs, des gestionnaires d’assurance en fin de CDD se retrouvent sur le marché et nous arrivons à recruter assez facilement ce type de profils. »
A taille humaine
Pour pourvoir ces postes de gestionnaires, BNP Paribas Cardif transforme des intérimaires en CDI, ou embauche des jeunes diplômés Bac + 2 à Bac +4 à la sortie des BTS Assurance, BTS Banque et Assurance, Licence Pro Banque Assurance ou DUT gestion des entreprises et des administrations. De son côté, Prépar-Vie, mobilise en priorité l’alternance. C’est par ce biais qu’Adrien Clerget, 25 ans, a été embauché en septembre 2015 comme gestionnaire de contrats assurance-vie. « Pour mes trois années de BTS et Licence Pro Assurance à l’IFPASS, j’ai choisi d’intégrer Prépar-Vie, car je savais que dans une structure à taille humaine, je serais formé à tous les contrats d’assurance. Une collègue de promotion qui était, elle, en alternance chez un gros assureur, passait ses journées à remplir des constats de sinistre. Une fois son diplôme en poche, elle n’est pas restée. Moi, j’ai été embauché en CDI, car j’étais déjà capable de gérer toute la chaîne d’un contrat d’assurance-vie, de l’adhésion jusqu’au montage du dossier décès. » Pour ces métiers, qui sont en première ligne avec les clients, les banquiers assureurs privilégient des profils dotés de solides connaissances en assurance, mais pas que… « Nous recherchons aussi des candidats capables d’écouter les clients, de faire preuve d’empathie et de bienveillance, et d’expliquer les étapes à venir dans la gestion d’un sinistre qui impacte le plus souvent leur vie de manière négative », souligne Anne Congy
L’informatique, le marketing et la communication constituent les autres flux importants de recrutement pour les banquiers assureurs qui cherchent aussi à attirer, mais dans une moindre mesure, des actuaires. « Comme il y a beaucoup plus d’offres que de candidats, recruter ce type de profils dans une petite structure comme la nôtre reste compliqué car nous devons faire face à la concurrence des poids lourds de l’assurance et des cabinets de conseil qui peuvent paraître plus prestigieux aux yeux des candidats, souligne Patrice Truglas. Mais nous y arrivons en mettant en avant le fait que chez nous, nos jeunes actuaires apprennent très vite. Ils ont l’opportunité de travailler sur toutes les facettes du métier, alors que chez un grand nom de l’assurance, ils n’en découvriraient qu’une partie. »
Un modèle qui attire
Le dynamisme de la bancassurance se révèle un autre argument de poids pour convaincre les candidats. « Lorsque le cabinet de chasseurs de têtes m’a contacté pour me proposer le poste de responsable du département Actuariat Dommages de Société Générale Insurance, j’ai décidé d’accepter ce nouveau challenge, d’abord parce que j’avais déjà travaillé avec cette structure dans mes fonctions précédentes chez AON Benfield et EY, explique Anthony Derien, 38 ans, qui a obtenu son DUAS (Diplôme Universitaire d’Actuaire de Strasbourg) en 2004. Je connaissais plutôt bien le business model, et je savais qu’en rejoignant l’entreprise, j’allais avoir la chance d’évoluer sur un périmètre très large de produits et de missions. »
Cette attente n’a pas été déçue. A la tête d’une équipe composée de 13 actuaires, avec des profils divers (datascientists, statisticiens, économètres…), Anthony Derien doit relever de nombreux challenges au quotidien. « Chaque année, Société Générale Insurance lance deux à trois nouveaux produits par an sur des thématiques très variées. Nous avons par exemple contribué au lancement de Carapass, en partenariat avec Boursorama Banque, une assurance automobile pour les conducteurs occasionnels construite sur le mode du « pay as you drive », avec une tarification qui s’ajuste en fonction de l’utilisation du véhicule, le client pouvant suivre sa consommation en temps réel depuis une application mobile dédiée. » Anthony Derien et son équipe sont aussi sollicités pour faire évoluer les offres existantes et pour répondre à de nombreux appels d’offres... « Et comme, nous avons aussi la responsabilité de la clôture de l’inventaire des provisions statutaires pour l’arrêté des comptes, ajoute l’actuaire, nos journées de travail se révèlent riches et passionnantes, avec beaucoup d’interactions avec les équipes métiers, les filiales à l’étranger, et les partenaires. Ce qui est très stimulant sur le plan intellectuel et demande beaucoup de réactivité. » Cette intensité a toutefois un corollaire. « Cet enchaînement de lancements de produits et d’appels d’offres induit une forte mobilisation des équipes et nous obligent à donner la priorité à certains chantiers, confie Anthony Derien. Heureusement, nous avons également des périodes un peu plus creuses qui nous permettent de prendre du recul et de mener des travaux de fond. »
Des passerelles avec le groupe
Pour attirer les talents dans un univers très concurrentiel, les banquiers assureurs mettent en avant leur appartenance à un grand groupe bancaire. « Cela nous permet de proposer à nos collaborateurs des parcours de carrière de plus en plus à la carte, souligne Anne Congy. Avec des possibilités d’évolution au sein de BNP Paribas Cardif en France ou à l’international, puisque nous sommes implantés dans 35 pays, mais aussi au sein des autres entités du groupe. » Les passerelles avec les autres entreprises du groupe BPCE fonctionnent aussi du côté de Prépar-Vie. « Mais elles sont plus compliquées à activer sur les métiers purement assurantiels, constate Patrice Truglas. Aujourd’hui, nous avons par exemple beaucoup de mal à conserver plus de trois ou quatre ans nos jeunes actuaires parce que nous ne pouvons pas leur offrir les mêmes perspectives d’évolution que les grands assureurs et les mêmes rémunérations que les cabinets de conseil. Ils succombent donc le plus souvent aux sirènes des chasseurs de têtes pour accéder à des postes à responsabilités. »
Adrien Clerget ne se projette pas encore sur la suite à donner à sa carrière. « Pour l’instant, je suis dans une phase où j’ai envie de continuer à apprendre. Dans quelques années, j’aurai probablement envie de prendre plus de responsabilités managériales. » Anthony Derien reste, lui, ouvert aux opportunités qui se présenteront en interne. « Je pourrais me laisser tenter par une expérience à l’international au sein du groupe en rejoignant une succursale. Mais je me verrais bien, aussi, basculer sur le secteur bancaire pour travailler par exemple au sein des équipes marketing qui sont de plus en plus friandes de profils scientifiques comme le mien. »
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