Jefferies choisit l’adossement pour financer sa croissance
Le contexte post-crise auquel les banques d’investissement doivent s’adapter continue de produire ses effets. Il s’agit cette fois de Jefferies Group, très présent aux Etats-Unis auprès des valeurs moyennes et qui perce en Europe depuis plusieurs années.
Leucadia National Corp., qui détient déjà 28,6% du capital de la banque d’investissement, a annoncé hier qu’elle souhaitait en prendre le contrôle total. Selon l’accord, les actionnaires de Jefferies recevront 0,81 action Leucadia pour chaque titre qu’ils détiennent.
Ces termes valorisent la cible à 3,6 milliards de dollars, ou 17,66 dollars par action, soit une prime de 24% par rapport à son cours de clôture de vendredi. Richard Handler, le directeur général de Jefferies, et son président Brian Friedman, qui détiennent en cumulé 11% de la société, voteront en faveur de l’opération.
Leucadia est une holding de participations diversifiée. La fusion ne consiste donc pas en un rapprochement entre deux acteurs d’un même secteur, alors que les temps sont difficiles pour les banques de taille moyenne. L’objectif de Leucadia est malgré tout de renforcer le bilan de l’établissement et rassurer ses actionnaires. En effet, le mois dernier, Moody’s avait dégradé la note de crédit de Jefferies à Baa3, qui ne se trouve plus qu’à un cran de la catégorie spéculative.
L’agence de notation a ainsi sanctionné la croissance effrénée du courtier. Celui-ci cherche en effet à élargir la palette de ses services pour devenir une véritable banque d’investissement, au-delà de son activité d’origine dans le trading de titres de gré à gré pour les investisseurs de la côte Ouest. Moody’s a également pris en compte l’environnement défavorable aux banques d’investissement depuis la crise financière, notamment du point de vue de la réglementation des risques de marché. Dans ce contexte, la sous-capitalisation de Jefferies devenait un lourd handicap.
En fusionnant avec Leucadia, le groupe sera en mesure de renforcer son bilan et de financer ses activités de trading. L’établissement indique également que l’opération lui permettra de réduire ses taxes en utilisant les crédits d’impôts dont a bénéficié Leucadia en raison de pertes opérationnelles passées.
Récemment, d’autres acteurs de taille moyenne ont fait le choix de se rapprocher. Stifel & Co a acquis Keefe Bruyette & Woods afin de ne pas se faire distancer par Jefferies.
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